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par Pwyll » 13 janv. 2015, 00:19
Feuillets retrouvés dans les fontes d'un Sigire dont le cadavre gît dans le fossé...
Que ceux qui liront ces lignes me pardonnent. Pour quels motifs déjà demander votre pardon demandez-vous ? … Pour la confusion, d’abord. Comment formuler clairement le résultat d'années de recherches et de réflexions, alors même que ma fuite ne souffre aucun répit ? Pour l’effroi que réserve la révélation, ensuite. Pardon pour cette angoisse profonde que ressentiront ceux qui auront le malheur de percevoir la pertinence de mon propos et qui devront alors admettre l’abyme qui nous entoure. Pourtant j’ai fait ce choix, je ne peux laisser encore l’ignorance béate triompher après avoir consacré toutes ces années, ma santé, après avoir accepté de plonger au plus profond d’une mer d’angoisse pour en ressortir, grelotant, et brandir cette vérité, comme la plus triste des perles.
Oui ces acharnés me traquent. Je crois qu’il s’agit des sbires du Hiérophante. Pourtant, la lame de l’assassin aurait tout aussi bien pu porter la marque des traditionnalistes les plus imbéciles et sanguinaires, voire celle d’une loge de scientör qui savent déjà et pour qui l’âme n’est plus qu’un poussiéreux et encombrant manteau qu’on a hâte de jeter.
Depuis ce jour funeste qui vit périr mon dernier fidèle compagnon de route et qui me poussa à fuir ces îles septentrionales aussi fascinantes qu'inhospitalières, jamais je n'ai pu véritablement me sentir à l'abri. Ils ne peuvent être loin, la piste que j'ai eue la bêtise de laisser... ils doivent la suivre, sans relâche, avec l'avidité de chiens de chasse rendus fous par l'odeur du sang.
Non, ne perdons plus de temps, je dois au moins tenter de coucher ici l'essentiel... alors que mon cœur s'emballe au moindre bruit et que le manque de sommeil semble vouloir aspirer mes yeux dans les profondeurs de mon crâne. Mais... par où commencer ?
Oui. Par l'espoir. Commençons par la véritable lumière. Celle qui viendra de nous, nous peuple d'Esteren. Si seulement les gens savaient, s'ils avaient conscience de l'importance cruciale de leur façon de vivre, d'aimer, d'être avec eux-mêmes et les autres. Les fous pensent qu'il n'y a rien de pire que la mort... alors qu’elle ne marque que le début de la véritable souffrance.
Parler de l'espoir, je n'y parviens pas, je n'ai pas le temps... pourtant je sais que certains reculeront en lisant ce qui va suivre. Ils n'accepteront pas ces horreurs qui façonnent notre monde au-delà des apparences. Puis, je l'avoue, je manque de preuves. J’ai dû laisser derrière moi les tablettes de pierre et les lourds manuscrits. Bien sûr, il me reste quelques textes, des bribes, des témoignages. Qui, pourtant, pourrait se porter garant de la pertinence de mes réflexions, de la fulgurance de certaines intuitions issues d'années de recherches méthodiques, de connaissances accumulées auprès d'érudits reconnus comme dans les cercles d'occultisme les plus méprisés de Bald-Ruoch ?
Il est temps, je divague, je m'égare... cher lecteur, s'il te plaît pèse chacun de mes mots en ton âme et conscience, mais avant de tout jeter, de me juger, ne laisse pas la peur obscurcir ton jugement. Je n'en demande pas plus.
Au commencement
Cosmogonie établie sur la base du déchiffrement de fragments interdits qui prétendent retranscrire certains des propos entendus par Soustraine durant sa Révélation.
Depuis toujours, avant l’existence du temps peut-être, l’idée de Mal existait. Heureusement, une Puissance, LA Puissance, tenait ce Mal à l’écart. Car tel était son pouvoir et tel était sa volonté. Cette Puissance première, je la nommerais « Dieu » pour ne surtout pas la confondre avec cet autoproclamé « unique »…
Aux temps premiers, Dieu créa le Monde, mais pour le protéger du Mal, Il dut lui donner une forme solide, fermée aux bouches avides grouillant dans les abysses de l’Univers. Avec la forme, vint la nécessité de structure. Pour aider Ses futures créatures à comprendre ce monde, Il décida de l’organiser et de confier ce qui Lui sembla important à différents êtres supérieurs, au nombre de sept.
Le premier était là pour rappeler que tout est UN, et que ce tout forme la Vie. Ce premier qui incarne le grand Tout, c’est l’Arbre de Vie et c’est de lui qu’est né l’Homme Juste.
Au deuxième être furent confiés la bonne pensée, mais aussi les animaux et notamment le bétail qui devait permettre à l’Homme juste de vivre.
Au troisième furent confiés la Lumière, le Feu et la Vérité.
Au quatrième furent confiés l’Air et le Ciel, l’autorité juste et nécessaire.
À la cinquième, puisqu’elle était féminine, furent confiées la Terre, la piété et la constance.
À la sixième furent confiées l’Eau et la complétude.
À la septième enfin furent confiées les Plantes et l’immortalité.
Tout était bien alors dans le jardin de la création, les femmes et les hommes étaient comme autant de roses blanches, innocentes. Pourquoi les premières roses fanèrent ? Je ne le sais pas.
Le Mal
Suite de Cosmogonie établie en partie sur des écrits de Soustraine, des runes antiques et le résultat de contacts établis avec les Terriroires, sous hypnose profonde.
Toujours est-il qu'une forme de discordance apparue. Je veux le croire, car je veux croire, aussi et surtout, à cette félicité originelle même si elle devait être rompue par ce cataclysme. De cette discordance apparue au sein même du Monde, et permise, peut-être, par un interstice qui aurait été placé là, dès le départ, par l’Esprit de Destruction, découlèrent une cascade sans fin de catastrophes.
Les cieux s’ouvrirent en deux et le Mal à l’état pur se déversa dans la création, utilisant comme premier canal les liturgies maudites des hommes qui avaient déjà succombé à son influence. La masse grouillante du Chaos déferla sur le monde et commença à se repaître des malheureuses créatures de Dieu. Celui-ci, pour offrir aux Justes une chance de Salut, confia le pouvoir sur les Sept composantes du monde à ceux qui en étaient dignes. Ils purent alors déchaîner les éléments pour tenter de combattre les monstres odieux qui venaient dévorer leurs familles.
Mais l’effondrement des cieux avait eut un effet bien plus profond et plus vaste et, en toutes choses maintenant, le bien et le mal s’opposaient. Il en allait de même pour les 7 composantes du monde. L’Arbre de Mort s’opposa à l’Arbre de Vie.
La pensée mauvaise s’opposa à la raison et à la morale.
La flamme de la destruction et le gel de l’esprit, le mensonge, s’opposèrent au Feu et à la Vérité. (Aingeal ?)
La tyrannie s’opposa à la juste autorité.
L’insatisfaction et l’orgueil s’opposèrent à la piété.
La soif dévorante et l’imperfection s’opposèrent à la perfection et à la complétude. (Le Kraken ! Je l'ai vu dans mes pires cauchemars !)
Le poison et la décrépitude s’opposèrent aux plantes et à l’immortalité. (Que se trame-t-il au fond du Gouffre Carmin ?)
Voyant cela et sous le poids immense des suppliques du monde entier, Dieu se résolut à envoyer Une Incarnation sur Creag… Quel sacrifice, mais, surtout, quel odieux malheur ! Au moment où cet Avatar entra en contact avec ce monde corrompu par le mal, il s’écrasa au sol dans un fracas immense et son essence divine et initialement parfaite se divisa en deux Entités aussi opposées qu’incomplètes. Les débris de leurs corps figés se dispersèrent sur ce qui est aujourd’hui notre pauvre péninsule. Malgré cette mort de leurs enveloppes, ces Deux Esprits Ennemis demeurèrent, immortels et tournèrent leur attention sur les Hommes et la tournent, encore aujourd’hui.
Pourtant, Saoghal-Glas n’eut pas entièrement lieu. La dévastation la plus invraisemblable fut confinée sur un demi-plan d’existence, parallèle au nôtre, dans lequel les plus puissants des femmes et des hommes de l’Aergewin parvinrent à bannir les démons élémentaires de toute sorte surgis après l’ouverture des cieux. Bien des sacrifices, volontaires, furent d’ailleurs nécessaires pour mettre fin à l’Aergewin, puisque d’innombrables braves acceptèrent d’insuffler leur âme dans les cercles de pierres levées pour maintenir les plus puissants des Esprits hors de portée de notre plan matériel. Attention toutefois, si tes croyances vont vers les traditions Demorthèns, ne te réjouis pas trop vite car il y a encore beaucoup à en dire… notamment sur l’Oradh et ne serait "que" sur les sacrifices de sang qui gorgent de pouvoir les Démons que ces imbéciles avaient initialement été choisis pour combattre. Sans parler du fait qu'ils ne semblent pas comprendre qu'avec leurs oghams, c'est l'essence divine qu'ils manipulent !
Inis Tile et Ahriman
Revenons aux jumeaux opposés nés de l’incarnation divine. Fanatisme spirituel d’un côté et matérialisme total de l’autre. Esprit contre matière, mais chacun dans ce qu’ils ont de plus incomplets.
Tels étaient maintenant les deux Esprits qui se disputaient l’énergie vitale des humains, qu’en appelle Aothbàs en langue ancienne.
Dans cette lutte, l’Esprit féminin, Inis Tile, drapée dans la glaciale certitude d’être destinée à sauver l’Homme, se présenta à Soustraine comme l’Unique. Cette usurpation de Dieu, ce mensonge de Démiurge, Inis Tile le justifie peut-être en pensant sauver la pureté de nos âmes. Dans sa folie, l’Esprit est certainement convaincu de sa propre cristalline sainteté…
Pourtant, tout ce qu’elle a à offrir aux malheureuses âmes qui la rejoignent, c’est un errements sans fin dans les Territoires, sous la forme de fantômes dont toute forme d’émotion, jugée dangereuse, a été arrachée. Seul reste le désespoir éternel, nourrit du vague souvenir de la beauté de ce qu’être humain signifiait. Ce sont ces misérables vampires émotionnels qui se manifestent à l’Adret des Gisant, lorsque les brumes détissent la mince trame qui sépare notre plan de celui des Territoires. C’est là que la Rose Blanche a tenté de percer la vérité qui se cache derrière le culte officiel de l’Unique…
Si, pour Inis Tile, seules la dévotion et la pureté d’une âme totalement désincarnée comptent, pour Ahriman son frère jumeau, c’est le contrôle sur la matière qui prime. Tout ce qu’il y a de divin dans la création doit en être extrait, pour ne conserver que le mort et l’inerte. C’est lui qui a insidieusement distillé chez l’Homme les prémices de la Magience, pour lui offrir sur un plateau les outils qui mèneront à sa propre perte. Les émotions, Ahriman, ne les conchient pas, tout au contraire d’Inis Til, il s’en délecte.
Toutefois, ce sont les pulsions les plus basses, les horreurs les plus intimes qu’il adore avant tout, dans le déchirement des chairs et les hurlements de l’âme. Est-ce lui, qui, dans les profondeurs des abysses putrides, transforme, réarrange et moque la création en déversant partout ces pantins sans étincelle divine que sont les féondas ? Je le crois oui… mais mon fidèle apprenti, Pwylly, n'était pas du même avis et je me demande si... du bruit ! Je dois arrêter ici mon récit, du moins pour cette fois. Peut-être cette nouvelle cachette est-elle déjà compromise ? Alors lecteur, sache retrouver le chemin vers le vrai Dieu, l’Arbre de Vie. Pour cela, cherche l’équilibre entre les folies d’Inis Tile et d’Ahriman, car, lorsqu’ils ne formaient qu’un, ils étaient pure sagesse divine !
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Pwyll le 13 janv. 2015, 10:15, modifié 5 fois.
Le deux fois né, seigneur de l'arbre de l'été.