Alors... mon (rapide, pour une fois, et proportionnellement à ma norme habituelle) point de vue sur la question, en espérant ne pas être passé à côté de subtiles nuances présentes dans les deux pages de post que j'ai lues rapidement :
1) selon moi, les considérations métaphysiques de "la question de la question de la question" est assez inutile et stérile. Cela ressemble un peu aux questions sans fin de Socrate qui menaient à la conclusion que "ce que je sais, c'est que je ne sais rien". Cela peut être utile tant que c'est un simple rappel à l'humilité et à la relativité du savoir, mais complètement nihiliste lorsque cela se transforme en frein menant à l'immobilité en pratique (tiens, d'ailleurs cela renvoie à ma signature, tout ça...).
Donc, selon mon point de vue, cette réflexion :
Ce que je tente d'exprimer ici, c'est que la portée des révélations sera de toute façon relative. La connaissance objective ne m'est pas absolument nécessaire.
[...]
C'est ce que j'entends lorsque je dis qu'UNE vérité univoque ne m'est pas nécessaire. Il n'y a pas vraiment d'intérêt à vouloir présenter UNE vérité objective. Sans compter que je pense que c'est une impossibilité philosophique :p
va trop loin, parce qu'elle est théorique et, au final, dénuée d'intérêt pratique (parce qu'elle devient un frein, un vecteur d'immobilisme). Et je pense qu'elle ne correspond pas vraiment à ce que les meneurs attendent lorsqu'ils demandent "une vérité objective".
2) Par "vérité objective et complète", je pense que ce que les meneurs attendent, c'est un système cohérent et suffisamment complet pour servir de base solide à exploiter (donc des grands principes expliqués, et pas le pourquoi du pourquoi du pourquoi). Et je pense également que c'est ce que devrait contenir le livre des secrets.
Pourquoi? Tout simplement parce qu'il s'agit d'un plus petit dénominateur commun qui permettra à tout le monde de s'y retrouver.
Certains ont besoin d'avoir une base solide pour jouer ou pour modifier un univers, d'autres pas. Chacun son style, son profil, mais l'important est que tout le monde puisse s'amuser.
Or, sans système de base cohérent et complet, seuls les derniers s'amuseront, alors que les autres seront éternellement sur la touche. Avec un tel système, tout le monde peut s'y retrouver.
Je ne suis du reste pas d'accord avec ton exemple :
Kalevala, mon monde à moi, où j'ai fait jouer plusieurs campagnes, est un monde à secrets. J'en suis l'auteur. Et pourtant, il y a toujours des points d'ombre. J'en sais juste assez pour pouvoir construire le décor au moment où les personnages tournent leurs regards vers un nouvel endroit. Et de temps à autre, l'espace d'un scénario où ils ont une intuition fulgurante, bin, cette intuition me plait et elle s'intègre, pendant un temps, aux différents piliers qui soutiennent ce drôle d'édifice...
Cette attitude est pertinente lorsque le créateur du monde est unique, et que ce monde n'est pas destiné à être utilisé par d'autres meneurs par la suite.
En revanche, elle me semble nettement moins adaptée à un jeu destiné au commerce et à un large public qui, fatalement, contiendra des profils différents.
Ce qui m'amène à être également en désaccord avec la remarque suivante :
Et ben, je pense qu'il faut t'affranchir de ton complexe d'auteur et assumer que quand tu fais jouer tes joueurs dans un univers, tu en es tout autant l'auteur que le gars qui a écrit le bouquin

Certains ont besoin d'avoir des éléments canon, d'autres non. Mais je ne vois pas quelle légitimité ont les deuxièmes à imposer leur point de vue aux premiers, surtout lorsqu'on sait qu'ils n'ont eux-mêmes pas de problème avec l'une ou l'autre des solutions proposées.
3) Je suis donc assez d'accord avec l'analyse d'Elwe :
- soit le livre des Secrets ne présente que des versions différentes des secrets, toutes subjectives sans jamais statuer sur la vérité, et dans ce cas les MJ aimant l'adaptation seront contents alors que les meneurs voulant la vérité objective (qui sont majoritaires d'après le sondage du forum) seront bien remontés ;
- soir le livre des Secrets présente la vérité objective, et dans ce cas les MJ voulant cette version seront aux anges et les meneurs préférant l'adaptation pourront l'adapter et prendre ce qu'ils veulent.
Et partisan de la seconde option, parce qu'elle satisfait le plus de monde en ne frustrant personne (sans compter qu'elle présente l'énorme avantage d'épargner pas mal de boulot à ceux qui n'ont pas le temps ou l'envie de développer ou modifier complètement un univers).
Franchement, entre une solution qui satisfera tout le monde, et une solution qui frustrera une partie des gens (sans plus-value pour les non-frustrés, qui plus est), pourquoi choisir la deuxième?
Edit : notez que je n'ai absolument pas repris les bouts de spéculation éparpillés un peu partout, parce que je ne pense pas que ce soit le sujet de ce fil de discussion. Je n'aurais en revanche aucun problème à aborder les choses dans d'autres discussions, sachant bien entendu que mon avis est en général basé davantage sur mes préférences que sur une recherche absolue de la vérité "officielle"...
