Cinquième séance (12 avril 2015) :
Les questionnements se multiplient et nos héros ne savent plus où ils en sont. Ils décident d’un commun accord qu’il serait trop dangereux de retourner au castel d’Ombrelac. Les champignons récoltés en secret sont un nouveau mystère qu’ils aimeraient approfondir. Quand ils réfléchissent à qui pourrait les renseigner, ils pensent aux démorthèns, reconnus pour leur sagesse et leur savoir du milieu naturel. C’est alors que Galenaël sort de sa poche un petit objet qu’il avait subtilisé : une fiole du liquide conditionné dans la caverne. Mortaille est aussitôt intéressé par toutes les expériences possibles avec. S’ensuit une prise de bec entre lui et Méawyn, partisane de la plus grande prudence.
L’occultiste entame lui-même une expérimentation : verser le liquide dans sa flasque étrange et voir s’il y a une réaction. Rien ne se produit, aussi se résigne-t-il à observer ses compagnons se quereller. La soif le tenaille et, machinalement, il boit à sa flasque… qui contenait toujours la substance ramenée de la grotte ! Il n’en avale qu’une minuscule gorgée mais les effets sont rapides. Ses amis se retournent vers un Galenaël hilare, aux pupilles dilatées, débitant des phrases sans queue ni tête. Ils réalisent ce qu’il vient de se passer en voyant sa gourde au sol. Méawyn et Mortaille préfèrent l’allonger et veiller sur lui, le temps qu’il se sente mieux. L’euphorie première cède la place à des visions terrifiantes dans l’esprit de l’occultiste. Il passe la nuit à souffrir de ce mauvais trip, au point où ses compagnons doivent l’attacher.
Au matin, Galenaël se réveille avec une migraine atroce mais de nouveau lucide. Après le savon de rigueur, les PJ concluent ensembles que les champignons, ou le produit une fois traité, ont de puissantes capacités hallucinogènes. Ils s’interrogent sur la raison qui pousse quelqu’un à les cultiver en masse. Ayant désespérément besoin de réponses mais ne voulant pas retourner à Diol pour voir le démorthèn local, ils repèrent sur leur carte un cercle de pierre dressé. On dit que c’est là qu’ils se regroupent. Un varigal est déjà engagé pour leur faire traverser la forêt où le lieu sacré se situe, ils décident donc d’y faire un détour. Ils remontent la rivière qui traverse l’île du Nord au Sud jusqu’à un embarcadère qu’on leur avait indiqué. Là, une femme attend un groupe de trois personnes. Elle se nomme Deirdre et c’est la varigale engagée pour les amener jusqu’à l’église de Saint Jamian. Nos héros lui expliquent qu’ils voudraient d’abord s’arrêter au cercle de pierre. Elle n’y voit pas d’inconvénient.
Ils prennent tous un coracle (petit bateau de rivière) et remontent le courant pour s’enfoncer dans la forêt. La canopée n’est pas désagréable mais ils ont l’impression d’être observés… La nuit tombant, ils installent leur campement près de la rive. Mortaille interroge innocemment la varigale sur les dernières nouvelles du Nord de l’île. Elle répond :
« Comme toujours à Bolcanir : on se sourie par devant pour mieux se poignarder par derrière ! »
Ils apprennent enfin le nom de l’île ! Deirdre refuse d’expliciter plus avant sa déclaration, arguant qu’elle est fatiguée. Les voyageurs s’endorment. Galenaël est réveillé au milieu de la nuit par un bruit inhabituel. Entrouvrant un œil, il perçoit une silhouette maigrelette roder autour du camp. Lorsque celle-ci tend un bras décharné pour saisir la dague de Deirdre, il donne l’alerte et s’élance à la poursuite de l’intrus. Il est rapidement rejoint par ses comparses. C’est Méawyn qui rattrape le fuyard et le plaque au sol. La nuit est trop sombre pour qu’elle perçoive ses traits. La mêlée entre eux lui permet toutefois de se rendre compte que son anatomie n’est pas normale. Les renforts arrivent et, à eux tous, ils assomment la menace potentielle. Une torche allumée éclaire le rôdeur : un être humanoïde, sans bouche, sans nez et sans oreilles, dont le corps est parsemé de dizaines d’yeux.
Déjà choqués par son apparence, ils demeurent sans voix quand ils se rendent compte que la varigale ne peut pas voir la créature. Craignant de passer pour fous, ils prétendent qu’elle s’est enfuie. Deirdre tient à reprendre la route immédiatement, quitte à voyager de nuit : ils seront plus en sécurité au milieu de la rivière que dans les bois. Mortaille emporte la dépouille amorphe de la créature. Ils rejoignent le coracle et repartent. Méawyn en profite pour observer leur agresseur dans son miroir : ce dernier ne reflète qu’une dague. C’est alors que la chose s’anime sans crier gare et enserre le magientiste dans le but de l’étrangler. Méawyn et Galenaël se lèvent l’arme au poing, tandis que la varigale, incapable de voir la créature, pensent qu’ils s’apprêtent à se battre entre eux. Le combat est violent, la barque tangue et Deirdre, Galenaël et Mortaille tombent à l’eau. Ne restent que la dame d’Ombrelac et son adversaire, lequel révèle enfin qui il est : celui qu’ils avaient rencontré dans les ruines de l’asile et qui les a suivi pour les faire taire sur sa présence. Il se targue d’avoir failli les avoir en coupant la corde de leur nacelle, au-dessus du ravin.
La guerrière et lui livrent un combat acharné. Enfin, Méawyn l’embroche de sa lame, alors que ses deux amis regagnent le bateau avec l’aide de Deirdre. Tous les trois assistent alors au même spectacle qu’avait offert la fausse Aveline à sa mort : la bête semble se dissoudre et ne laisser rien d’autre derrière elle qu’un objet. C’est la même dague reflétée par le miroir.
Secret : tuer la forme « vivante » d’une folie manifestée ne suffit pas à la détruire. Elle retourne simplement à sa forme de chrysalide, en attente du moment où elle pourra sévir encore. Les PJ transportent maintenant cinq monstruosités endormies.
La varigale fulmine et prévient les PJ que s’ils recommencent un coup pareil, elle n’hésitera pas à les abandonner où ils sont. Le ton monte entre elle et Méawyn. Les deux autres ramassent la dague et la rangent dans leurs affaires. Le trajet se poursuit dans un silence boudeur. Le soir tombe, un autre camp est monté et la dame d’Ombrelac va discuter avec Deirdre afin de calmer les tensions. Elle essaye de lui expliquer que, ne comprenant pas ce qui leur arrive elle-même, elle ne pense pas que la varigale le pourrait. Celle-ci rétorque qu’elle a vu beaucoup de choses durant sa carrière et qu’elle pourrait être surprise. Méawyn lui raconte une version expurgée de leurs aventures. Deirdre fait l’hypothèse que la créature serait un drèin, un féond humanoïde capable de réflexion humaine. Son invisibilité aux yeux de tous sauf de ses trois clients demeure un détail suspect mais elle veut bien leur accorder le bénéfice du doute. Après tout, les féondas ont des capacités bien étranges…
Le lendemain, ils parviennent aux pierres dressées. Ils s’attendaient à rencontrer toute une communauté de démorthèns. C’est une déception quand ils s’aperçoivent que le site est désert, mise à part une unique chaumière en dehors de la configuration de menhirs. Ils frappent à sa porte et sont accueillis par Galara (sosie parfait d’Argala du Livre 2…
Tout d’abord, elle n’est pas originaire de Bolcanir. Elle y est venue dans sa jeunesse sur l’impulsion de son mentor, lequel avait découvert de vieux textes disant qu’on y trouvait une grotte très particulière où, si l’on méditait, on pouvait connaître des visions mystiques si puissantes qu’elles ouvraient votre esprit aux secrets de l’univers… ou vous rendaient fous. Tous sont d’accord pour admettre que la caverne en question est certainement celle dans laquelle poussent les champignons. Galenaël assure que leurs effets ne sont pas exagérés. Galara avoue qu’elle se doutait que ces histoires de visions transcendantales venaient de la consommation d’un psychotrope.
Plus inquiétant, elle affirme que toute l’île vit dans un mensonge. La démorthèn narre les évènements de la Guerre du Temple, il y a cinquante ans de cela. Venant de la péninsule, elle peut jurer que le conflit est terminé depuis très longtemps. Cependant, il semblerait que les habitants de Bolcanir croient qu’elle continue toujours, que les trois royaumes sont ravagés par les batailles et que seule leur île est épargnée grâce à son isolation de la terre ferme. Nos héros lui demandent ce que les autochtones ont pensé des propos de Galara. Elle dit qu’elle est parvenue à convaincre quelques personnes du bien-fondé de sa version. Certains ont même voulu quitter l’île pour le vérifier de leurs propres yeux. Elle ne les a plus jamais revus. Plus tard, on l’a menacée de façon indirecte, par des messages lui suggérant de se demander pourquoi il n’y a plus aucun démorthèn sur l’île. En effet, à part elle et sa disciple partie à Diol, il semble ne plus y avoir un seul représentant des anciennes traditions sur Bolcanir. Intimidée par les messages, rongée par la culpabilité concernant la disparition des personnes à qui elle avait exposé la vérité, Galara a préféré se taire et ne plus remettre en cause la fin de la Guerre du Temple.
Secoués par ces révélations, nos héros acceptent l’hospitalité de la démorthèn, le temps pour elle d’examiner le contenu de la fiole et de voir s’il n’existe pas un moyen de contrecarrer ses effets. Ils se lancent dans plusieurs hypothèses et aboutissent à la version suivante :
Les habitants pensent que la péninsule est à feu et à sang, ce qui veut dire qu’ils n’ont pas eu de contact avec le monde extérieur depuis au moins cinquante ans (preuve à l’appui : aucune archive au château n’excédait cette période). Quand quelqu’un comme Galara prétend que la guerre est terminée, elle est menacée et ceux qui veulent partir disparaissent. Quelqu’un tient à ce que Bolcanir demeure dans l’ignorance. Pourquoi ?
Les champignons hallucinogènes, extraits en quantité industrielle, pourraient être une piste. Si on s’en servait comme arme, les adversaires seraient complètement incapacités par les visions. Ils deviendraient incontrôlables et la victoire serait assurée. Et quelle meilleure méthode pour faire accepter la culture d’un végétal aussi dangereux que de jouer sur la peur des gens ? En leur faisant croire que la guerre embrase les pays voisins et qu’ils ont là un moyen de se défendre, par exemple ? Telle est l’hypothèse de Mortaille.
Ou alors, il s’agit d’une vaste expérience dont tout Bolcanir est le cobaye. Reclus, ne connaissant rien de l’Histoire récente ou de la péninsule, les autochtones sont des sujets parfaits pour tester l’usage de ce psychotrope à grande échelle, sans craindre de dégâts collatéraux puisque l’environnement est totalement isolé. Ce qui pourrait expliquer leur amnésie à tous trois : ce serait peut-être un effet secondaire du produit. Est-ce que l’asile serait un premier champ d’expérimentation, en attendant le grand test sur l’île entière ? Telle est la conjecture de Galenaël et Méawyn.
Secret : deux versions intéressantes mais elles sont encore loin du compte. Seule l’une d’elle contient un petit fond de vérité.
Dans les deux cas, ils soupçonnent le Tribunal des Corbeaux d’être impliqués là-dedans. Les objets bizarres et les monstres rencontrés n’entrent malheureusement dans aucun de ces cadres. Ils restent une énigme pour eux. Ils espèrent que les fameux sigires les renseigneront sur leur nature, à l’un ou à l’autre, et qu’un nouveau pan du mystère sera révélé.
Avis des joueurs : ils n’ont pas eu l’impression d’avancer beaucoup, malgré les révélations qui leur ont été faites. Par contre, ils se sont longuement torturés les méninges sur la signification de toutes ces informations et ont eu des idées qui m’ont beaucoup impressionné. Au final, la partie s’est composée de deux tiers de jeu et un tiers de réflexion sur l’intrigue.
PS: ceci est mon centième message sur ce forum! Ça y est, je suis un pilier de la communauté! Ou au moins un mur porteur. Bon, une poutre apparente? Heu... une plinthe de parquet, alors? Une... une cale sous un meuble, au moins? Alleeeeeez!