Message
par Arthus » 17 janv. 2012, 00:14
Racines : contexte détaillé
Tout commença il y a de cela quarante ans, avec la naissance d'une petite fille...
L'histoire d'Arina, Magientiste et Sorcière
Note : je reprends ici le concept du personnage d'Arina que j'avais ébauché dans le début de scénario "Du chiendent sur une tombe"
Quelques années après la fin de la guerre du temple, une caravane Tarish fit halte à proximité du petit village forestier de Kael-Mir, situé dans la baronnie de Mag Dair, qui faisait elle-même partie du duché de Kel-Loar. Comme souvent, la caravane fut accueillie par les villageois avec un mélange de fascination et de méfiance. Malgré l'émerveillement suscité par les histoires, la musique et les étoffes Tarish, plus d'un Kelmirois espérait secrètement que la caravane s'en irait le plus rapidement possible. Elle resta pourtant deux mois entiers.
Un jeune homme du village, Toren, s'éprit d'une jeune et belle Tarish du nom d'Esmere. Il la courtisa pendant deux semaines, et la jeune femme tomba à son tour amoureuse. Ce ne fut pas bien difficile, car tous deux étaient artistes : elle chanteuse, conteuse et danseuse, lui menuisier-ébéniste.
Le couple décida alors de se marier, et Esmere quitta la caravane Tarish, ce qui ne manqua pas d'attiser certaines tensions entre les deux communautés. Finalement, après un mois de discussions tendues, villageois et tarish acceptèrent de mauvaise grâce de respecter le choix d'Esmere et de Toren, dont la détermination n'avait jamais faibli.
La caravane s'en fut sans Esmere, et le temps passa, bon gré mal gré, dans ce village où de nombreux habitants soupçonnaient à mots couverts la jeune femme d'avoir ensorcelé l'un des leurs.
Pourtant, tout à leur bonheur, les jeunes mariés ne prêtèrent que peu d'attention à se climat de suspiscion. Toren mit le meilleur de lui-même à agrandir sa maison pour y acceuillir son épouse et sa future famille, pendant que sa femme confectionnait des remèdes, amulettes et charmes qu'elle vendait à ceux qui venaient la trouver discrètement la nuit tombée, de peur d'être reconnu par un voisin.
Bientôt, le ventre d'Esmere s'arrondit. Durant cette période heureuse, le couple rayonnait littéralement de bonheur. Aucun des deux jeunes gens ne remarqua que les conversations à voix basse à leur sujet, d'ordinaire déjà fort animés, avaient pris un tour nouveau : quelle engeance naîtrait d'une union avec une sorcière?
Le bonheur de Toren et d'Esmere vola brutalement en éclats par une froide nuit d'hiver. L'arrivée de l'enfant connut des complications, et Esmere mourut peu après la délivrance, après une nuit entière de cris et de souffrance. L'enfant vécut, mais sa mère ne survécut que quelques minutes à sa naissance.
Ses yeux cernés emplis d'amour, Esmere trouva encore la force de prononcer un unique mot dans son dernier souffle.
Arina.
Le nom de sa fille, pour laquelle elle avait donné sa vie.
Si les villageois se montrèrent compatissants et bienveillants à l'égard de Toren, que le chagrin avait brisé et fait sombrer dans l'alcoolisme, il n'en alla pas de même avec la petite fille, qui hérita des traits de sa mère.
Les Kelmirois soupçonnaient en effet que la petite Arina, avec ses grands yeux noirs et son regard rêveur, avait hérité des maléfices de sa mère. De nombreuses rumeurs coururent sur son compte, propagées même par les enfants de son cercle. La plus douloureuse d'entre elles l'accusait d'avoir assassiné sa mère par sorcellerie lors de sa venue au monde.
Ce fut d'autant plus pénible pour la fillette que cette accusation lui fut portée par son propre père, un soir qu'il était saoul. A partir de ce moment, Toren se mit à la battre lorsqu'il buvait, ce qui arrivait de plus en plus régulièrement. Puis, un soir qu'il était particulièrement ivre, il tenta d'abuser d'elle, alors qu'elle avait à peine dix ans.
Heureusement pour la fillette, tout le monde ne partageait pas l'indifférence générale qui acceuillait la plupart du temps ses tourments. Siegfried, un ancien chevalier-lame et toujours fidèle du Temple, vint à son secours et empêcha que le pire ne se produise cette nuit-là.
Cet ancien soldat des armées gwidrites avait protégé la communauté lorsqu'à la fin de la guerre du Temple de nombreux soldats de l'armée de Gwidre, démoralisés, profitèrent de la débandade générale pour se tourner vers le banditisme. Cet acte lui valut une certaine reconnaissance de la part des Kelmirois, qui acceptèrent qu'il s'installe dans leur village.
Alerté par les cris de la fillette, Siegfried se précipita vers la chaumière de Toren, et s'interposa entre Arina et son père, qu'il trouva avec les braies sur les chevilles.
Lorsque Siegfried ressortit, le visage grave, du sang maculait sa longue épée. Arina le suivait docilement en le tenant par la main, les yeux hagards, son regard d'enfant hanté par la scène à laquelle elle venait d'assister. A l'intérieur, Toren gisait mort dans son propre sang.
Nul ne dit quoi que ce soit, car tous connaissaient la valeur et la droiture de Siegfried, mais nombreux furent ceux à penser que la petite sorcière n'était pas innocente dans ce drame. Après tout, sa mère n'avait-elle pas en son temps envoûté le pauvre Toren?
Dans les semaines qui suivirent, Arina sombra dans un profond mutisme, et cessa pratiquement de s'alimenter, malgré les soins apportés par Siegfried.
Lorsqu'elle tomba gravement malade, la panique se répandit au village, qui y vit une nouvelle tentative de sa part d'apporter le malheur en répandant la malédiction de la maladie sur la communauté qui l'avait pourtant accueillie et élevée.
Finalement, il fut décidé qu'elle serait abandonnée dans la forêt pour y être dévorée par les bêtes sauvages, si la maladie ne la tuait pas avant. Siegfried tenta bien de s'interposer au début, mais seul face au conseil du village, soutenu par une population hostile, son courage lui manqua. Et il fit preuve de faiblesse.
***
Arina délira longtemps, seule dans l'obscurité froide et humide des sous-bois. Dans la solitude de l'abandon, elle se remémora toute l'injustice et la mesquinerie dont elle avait fait l'objet depuis sa naissance. Elle se souvint aussi de la trahison des deux seuls êtres qui auraient dû la protéger. Son père et Siegfried.
Alors, l'abcès de la douleur qu'elle contenait depuis si longtemps se fendit, et le fiel amer de la haine s'en déversa jusqu'à son coeur.
Alors, elle entendit la voix.
La présence lui parla longtemps, doucement, lui promettant de mettre sa puissance à sa disposition si elle acceptait de lui prêter son corps. Dans les ténèbres de son âme, Arina accepta.
***
Lorsqu'elle se réveilla sous une aube grise et brumeuse, sa fièvre était tombée. Elle était guérie. Elle tenta de se relever, mais son corps refusa de lui obéir. La présence en elle, subitement moins amicale, lui dit moqueusement que si le corps de la fillette devait servir à assouvir ses desseins, il ferait mieux de rester en bon état.
Alors, dans un accès de rage, Arina combattit la présence.
Les hurlements de la fillette attirèrent l'attention d'un magientiste solitaire, qui passait par là à la recherche d'herbes médicinales. Lorsqu'il découvrit Arina, elle avait perdu connaissance, et sa fièvre était revenue. Emu par la vision de cette petite vie si innocente, si fragile abandonnée à la merci de la solitude et de la maladie, le vieux scientör ramena la petite fille inconsciente dans son petit laboratoire au milieu de la forêt.
Il tenta sur elle toutes les médications qu'il connaissait, mais ne parvint ni à chasser sa fièvre, ni à lui faire reprendre conscience. En désespoir de cause, il lui administra en tremblant le remède expérimental et incomplet qu'il avait créé à base de Flux, mais dont il n'avait jamais pu vérifier les effets.
Le résultat fut spectaculaire.
La fièvre tomba de manière vertigineuse, et quelques minutes plus tard Arina ouvrit les yeux, le regard serein et lucide.
Le vieil homme mit longtemps à vaincre la méfiance de la petite fille, qui refusait toujours de parler et fixait souvent un point à l'horizon, perdue dans ses pensées. Finalement, un an après son arrivée dans la petite maison, elle se dirigea simplement vers lui, enlaça sa taille, posa sa tête contre sa poitrine, et pleura doucement.
Le vieil homme ne dit rien, se contentant d'être là pendant que le chagrin de toutes ces années de souffrance se déversait enfin sur les joues d'Arina. Puis elle releva la tête, les yeux embués de larmes, lui sourit, et prononça son nom.
A partir de ce jour, le vieux magientiste devint le père qu'Arina n'avait jamais vraiment eu. Elle se passionna bientôt pour les sciences et la magience, pour laquelle elle semblait posséder un talent peu commun. Ravi, le vieil homme lui apprit tout ce qu'il savait. Il lui parla également des fabuleux centres de connaissance magientistes présents dans le royaume tout proche de Reizh, et lui promit de soutenir son inscirption à l'université de Kalvernach lorsqu'elle aurait l'âge d'y entrer.
Il ne put jamais tenir sa promesse.
La route du vieil homme croisa celle d'une patrouille de soldat du baron Mac Rynn, alors qu'il était parti ceuillir des champignons. Les hommes d'armes reconnurent en lui l'un de ces détestables Daedemorthys de Reizh, et le rossèrent sauvagement.
Alertée par les cris de son père adoptif, Arina déboucha dans la clairière où les soudards hilares tourmentaient la seule personne qui avait su gagner sa confiance.
Alors, froidement, elle fit appel aux pouvoirs qu'elle savait posséder depuis le réveil de sa maladie, et qu'elle contrôlait désormais parfaitement.
Les gardes mirent longtemps à mourir.
Lorsqu'elle en eut fini, elle prit dans ses bras le corps fragile de son vieux mentor, et retourna sans un mot près de la chaumière où elle avait connu les seules années heureuses de son existence. Là, elle enterra le corps brisé et sans vie du vieil homme qui l'avait acceuillie sans la juger.
Puis elle prit les quelques affaires qu'elle possédait et partit pour Reizh sans se retourner, tandis que les flammes qui consumaient lentement son ancien foyer illuminaient le ciel.
L'histoire de Sarastus, le magister patriote
La création de l'Aube Rouge
Dernière modification par
Arthus le 20 janv. 2012, 13:57, modifié 3 fois.
La sagesse est un chemin ténu et difficile mon fils, et surtout il est sans fin. Il est naturel et salutaire que l'humilité te le rappelle de temps en temps... Mais n'oublie pas que l'humilité est un guide, non un fardeau...