Souvent, les joueurs ont besoin de se rassurer, de faire baisser la pression, de garder le sentiment qu'ils ont un certain contrôle sur ce qui se passe. Souvent, les blagues à la noix n'ont pas d'autre but que de reprendre les choses en main en faisant baisser la pression.
Plus tu "forces le trait" alors qu'ils commencent à partir sur les chemins de traverse et plus ils ont la confirmation qu'ils contrôlent encore la situation, ce qui les rassure. Ne te braque pas, va dans le sens de la rivière et au bon moment, en deux ou trois phrases, tu renverses les choses alors qu'ils ne s'y attendent plus.
Par exemple, rien de tel qu'un pnj qui meurt parce qu'ils ont fait preuve d'imprudence alors que c'était bêtement prévisible, mais pas au moment ou ils blaguent dessus genre "ah, il est parti pisser, il va mourir évidemment"... même si c'est à ce moment là qu'il doit mourir dans ton script, épargne le, tue le plus tard, quand ils ne seront plus attentifs. Ou sers t'en de diversion et tues un autre pnj. Joue sur le bon moment. Ce ne sont pas leurs personnages qui seront pris à la gorge, mais ce sont bien les joueurs qui découvriront à ce moment précis que oui, ils ne contrôlent rien, que ce ne sont pas leurs blagues et diversions qui changeront la donne. La seule façon de changer la donne, c'est de s'enfoncer plus avant dans le jeu, dans la partie, mais à condition que dans la partie, justement, tu leur donne la possibilité de faire la différence.
En clair, laisse les faire des blagues à la noix, rigole avec eux et lorsqu'ils ont baissé leur garde, lorsqu'ils se sentent en confiance, peut-être une minute ou une heure plus tard, FRAPPE !! Pas en criant, pas en les faisant sursauter, mais en annonçant d'une voix douce, factuelle, neutre, les pires atrocités, qui découlent directement de leur négligence, de leur manque d'implication. Et là, je peux te garantir que parce que c'est la notion même de
réussite| qui entre en jeu, la notion du "est ce que nous avons fait la différence ?", ils vont faire plus attention. Ils vont se demander ce qui se serait passé s'ils avaient pas loupé le coche, où se trouvait le coche justement, et comment ne pas le louper la prochaine fois.
N'ait pas peur du rire, tu peux faire monter la pression doucement de manière traditionnelle, attendue, presque formatée et prévisible, s'ils jouent le jeu. S'ils ne le jouent pas, laisse les faire, et emploie ça contre eux. Au final, ils seront très attentifs et ils se montreront plus circonspects, parce qu'ils ne sauront pas si quand tu rigoles c'est parce que tu te marres avec eux ou parce que tu leur prépares déjà un mauvais coup et qu'ils sont - encore - passé à côté du truc.
Fais des allusions, souris leur quand il n'y a rien de spécial, fait preuve de complicité et même use de blagues prévisibles d'un air amusé, blasé, et même cites les références les plus évidentes pour les conforter dans l'idée qu'ils sont malins, qu'ils t'ont vu venir.
Dans le même temps, insiste sur des détails sans importance pour qu'ils perdent leurs repères, mets les en confiance et une fois que tu auras abattu tes cartes, ils se méfieront dés la deuxième tentative. Ils seront méfiants, parce que persuadés que tu les attends au tournant, que tu mises justement sur leurs faiblesses. C'est le cas, en effet, mais tu n'auras plus besoin de le faire, ils seront revenus au jeu tous seuls, sans que tu les contraignes ou qu'ils se marrent parce que tu forces les choses qui t'échappent.
Donne leur l'impression que quoi qu'il se passe, tu gères, tu n'es pas déstabilisé, tu n'en as rien à fiche, et que ce ne sont pas leurs blagues vaseuses qui changeront quoi que ce soit à cela.
Perso, je suis pas un maitre de l'angoisse, mais je sais que les gens viennent pour se détendre et que beaucoup de joueurs aiment faire des pieds de nez au meneur, pour rigoler, parce que ça les rassure et parce que bon, ils ont envie d'avoir un peu peur, mais pas trop. Laisse les réaliser tous seuls, sans forcer, en frappant là où ça fait mal quand c'est nécessaire, que finalement, ça ne leur servira à rien, et tu verras le résultat assez rapidement. Montre leur qu'ils sont les seuls artisans de leur réussite, ou de leur foirage minable, par la vertu de l'exemple.
N'oublie pas de leur accorder de vraies pauses, et de la franche rigolade. D'abord, avant tout, parce que c'est aussi le but d'une partie de jdr : s'amuser ensemble, dans le jeu et même en dehors. Ensuite parce que ça fait du bien de faire un break pour mieux replonger. Enfin, parce que ça contribuera à les maintenir sur le qui-vive : ils savent qu'il y a des moments de vrai délire auxquels tu participes, et d'autres que tu exploites à ton profit... et ils ne savent pas à l'avance lesquels sont lesquels
