et c'est j'ai l'impression le seul Héros parfait proposé jusqu'à présent : droit, honnête, compétent, le tout gâché par le fait qu'il soit vieux. On à vraiment l'impression avec ça qu'il n'y aura pas de relève à la hauteur et que les "vrais" héros sont des exception qu'on ne risque pas de croisé dans le monde d'Esteren.
Pour paraphraser un vieil ami "nous perpétuons le souvenir des héros pour nous rappeler que, nous aussi, nous pourrions être grands".
De meneur à meneur (et d'auteur à meneur) j'ai tendance à concevoir la plupart de mes pnjs comme des miroirs, tendus à l'intention des joueurs, pour conforter leurs propres interprétations dans la perspective de l'univers où leurs personnages évoluent. Plus que des figurants, ce sont des interlocuteurs, qui aident le joueur à se positionner, dans l'idéal.
(Evidemment, autour de la table au milieu des canettes vides et la part de pizza à la main, c'est un peu moins pompeux, hein, mais ça donne de bons résultats d'une façon générale

)
Alors, oui, il n'y a pas beaucoup de Quentin Erward en circulation, et c'est normal, c'est un héros dans un univers où on en compte peu. Mais ça ne peut que rendre plus méritoires les efforts de ceux qui se disent qu'il serait bon de suivre son exemple
Mais puisque plusieurs d'entre vous ont parlé d'autres protagonistes, je vais aussi expliciter certaines choses dans ma démarche de travail.
D'autres pnjs parmi ceux qui vous sont proposés n'ont pas ce rôle de miroir ou d'exemple. Daernic, par exemple, n'est pas le genre de pnj dont les joueurs sont supposés connaitre les profondeurs. De l'extérieur, c'est une machine de mort fanatisée et l'interpréter tel quel est suffisant par rapport à ce que les joueurs en verront. La réalité est un peu différente, mais elle n'est pas dépeinte à l'intention des joueurs à la base. Elle l'est à la vôtre. En tant que rappel que vos propres pnjs peuvent être plus complexes qu'ils semblent. Et ça peut - pour certains meneurs - leur être utiles pour aider les joueurs à construire des personnages plus denses et complexes au sein d'une trame simple, dans le style "je suis un sigire impitoyable".
Si l'on prend le cas de Preden Mac Blonag, on a encore une autre utilité : celle de jouer sur les attentes de vos joueurs. Tout est fait pour qu'on imagine avoir affaire à un pervers, et c'est effectivement ce qu'il a été. Mais c'est un pervers qui a trouvé sa voie à lui, une forme de rédemption qui, paradoxalement, ne le rend pas plus supportable à ses sujets. Simplement, il incarne le fait qu'on peut être quelqu'un de détestable tout en ayant des ambitions tout à fait compréhensibles. Car, dans le fond, que veut-il si ce n'est être plus fort que son propre passé ? Et, quelqu'un qui aurait connaissance de ce ressort pourrait légitimement se poser la question "et moi, quels chemins suis-je en train de suivre pour devenir meilleur que je ne l'étais ? Et dans quel but ?". Là, on retrouve le personnage miroir, mais à l'envers. Preden est un homme qui avait tout pour devenir un héros (la volonté qui n'attendait que l'occasion de s'épanouir, un rang noble, la capacité à partir de quelque chose de peu ragoutant pour devenir un grand homme) mais il n'avait pas les bonnes bases, la bonne éducation, les bonnes circonstances, alors il est juste devenu un tyran, au sens noble du mot tyran. Mais cela, personne, jamais, ne s'en rendra probablement compte. En ce sens, il est un héros, oui, le héros de sa propre tragédie car il a toute les chances de mal terminer.
La belle Ciany quant à elle, est bien évidemment une figure tragique. Celle de la victime qui finit par devenir bourreau. Parce que c'est tellement plus satisfaisant, parfois, d'avoir le pouvoir de faire subir au lieu d'avoir juste la capacité à subir les autres. Elle n'en est pas encore là, mais la porte lui est ouverte et il lui est tentant de la franchir. Et elle pourrait devenir un instrument dramatique pour vos pjs, si un jour ils doivent en finir avec elle et découvrent la vérité : que dans le fond, elle a simplement pris une mauvaise décision à un moment, et n'a jamais eu la force d'influer sur ses conséquences. Parce qu'il n'y a rien de plus terrible que les lapins qui un beau matin se découvrent habillés en loup. Après, aussi, il y a également l'origine de ses pouvoirs et ce qu'elle croit à ce sujet. Mais, ça, c'est tout autre chose.
La persuasive Lyrielle, c'est évidemment le monstre caché sous un masque limpide et même attrayant. Un monstre pris au piège de ses propres illusions artistiques, qui se la raconte et se trouve des justifications à la noix, parce qu'en fait, elle est totalement impuissante. Et personne, personne, ne se doute de rien. Celle là, si vous l'utilisez, j'espère que vous parviendrez à tromper votre monde jusqu'au dernier moment et frapper très très fort avec, ça devrait les secouer de l'autre côté du paravent
D'autres personnages ont un rôle plus simple, parce qu'il faut aussi des pnjs faciles à cerner et sans forcément d'ambivalence cachée.
Ainsi, Argala la dévoreuse n'est rien d'autre que le jouet de traditions qu'elle suit aveuglément. Oh, certes, c'est une personne peu agréable, et même franchement douteuse, mais elle est avant tout l'héritière de quelque chose qu'elle ne comprend pas vraiment, en étant persuadée qu'elle sait exactement ce qu'elle fait. Et des demorthèn avec le même genre d'illusions qu'elle (sans forcément qu'ils deviennent des morcails), on en trouve plus qu'on ne pourrait le souhaiter.
L'ami Yvon Joern, c'est bien évidemment une caricature de savant fou. A ce niveau là, pas de piège, pas de truc bizarroïde ou de profondeurs cachées. Lui, c'est presque rassurant de voir à quel point il est familier comme archétype, et c'est intentionnel de mon point de vue. La seule surprise, c'est le sujet de ses expériences et la manière dont vous pouvez éventuellement les jeter dans la figure des joueurs. Joern, il est écrit pour le bon vieux quart d'heure défoule "tuons ces salauds de magientistes qui font n'importe quoi et pire encore !".
Jerryl des Marais, c'est le bon vieux coup du chevalier déchu, par la faute de l'amour. Vous pouvez lui donner un tour plus tragique si vos joueurs aiment le côté médiéval/amour courtois/chevaliers noirs, ou en faire juste un gars plutôt rentre dedans et brutal qu'ils prendront un certain plaisir à pendre. Par contre, si vous avez un barde un peu trop sûr de lui, une jolie femme qui aime jouer de ses charmes ou un preux chevalier un peu donneur de leçons dans votre groupe, il peut faire un bon némésis à court terme. Voire une mauvaise rencontre assez personnalisée.
Quand à ceux que je n'ai pas encore cités (Marn, Aodren Floyd, Deirdre Louriène, Egon Tamir), vous pouvez facilement comprendre qu'ils sont destinés à accompagner, ponctuellement ou plus régulièrement, vos PJs. Mentors, compagnons de route, alliés de circonstance, rivaux... ils ont leurs petits secrets, pour certains, mais surtout, ils sont susceptibles d'évoluer au contact de vos PJ, de devenir peut-être des alliés, voire des amis, ou la source de certains problèmes. Certains peuvent changer leur orientation de vie au contact de vos joueurs, ou au contraire les inciter, eux, à le faire. Il y en a qui savent des choses intéressantes, ou qui sont une porte vers divers types de complots, et d'autres qui sans être des héros, sont des gens sur lesquels on peut compter. Ce qui est déjà pas mal, non ?
Objectivement, ces personnages sont simples. On peut résumer chacun d'eux en trois ou quatre phrases. Je me suis efforcé de donner à chacun d'eux un petit peu d'inattendu, un "twist" souvent prévisible, et parfois plus surprenant, pour qu'ils soient à la fois ce qu'ils ont l'air d'être, et peut-être plus, si vous en avez l'usage. Ca, c'est à vous de voir.
Ils ne sont pas très "originaux", parce que très honnêtement, je ne sais pas faire des choses originales et ça n'est pas ma démarche, qui est - bêtement - plus utilitaire.
Alors, ils constituent des entités simples à comprendre et à mettre en scène, en deux dimensions ou avec plus de relief si vous le désirez. Et si certains vous plaisent, je pense que c'est parce que ce relief possible vous est perceptible et que vous vous sentez de le mettre en jeu sans appréhension.
Avant de me faire plaisir, il fallait surtout qu'ils me semblent avoir une place dans un monde que vous allez faire jouer à votre manière.
Mais ça, c'est pas de les écrire qui le permet. C'est ce que vous en ferez
