[Spoiler - Pavé] Les Royaumes d'Epines et d'Os
Publié : 28 févr. 2016, 12:42
Avertissement solennel
Lecteur avide, ton attention s’il te plait !
Poursuivre la lecture de cette discussion suppose :
- que tu aies lu les Royaumes d’Epines et d’Os,
- ou que tu acceptes d’en connaître les tenants et les aboutissants, ce qui te gâchera une grande partie du plaisir de leur lecture,
Avoir lu certains des sujets spéculatifs est un plus, notamment la proposition d’Arthus et les quelques constats de base que Pwyll posait avant de partir sur une orbite passablement excentrique, enfin, à tout le moins, bien excentrée. Les courtes propositions rationalistes d’Elwë valent également le coup d’œil.
Le pitch des Royaumes d’Épines et d’Os (REO)
Le récit apocalyptique des REO propose une lente découverte des racines d’un monde où plusieurs magies coexistent et où un ancien affrontement cataclysmique a libéré l’humanité toute entière d’un esclavage imposé par des maîtres-sorciers formidablement puissants.
Le lecteur, au cours du récit, va apprendre comment cette révolte a été rendue possible : par la découverte, par les esclaves humains, d’une source de pouvoir alternative à celle maîtrisée par les maîtres. Virgynia Dare, la première humaine à pleinement maîtriser ces pouvoirs, est une figure centrale du renversement du pouvoir des maîtres.
La longue campagne des nombreux personnages-clefs de l’épopée nous permet de suivre la redécouverte de ces pouvoirs et l’affrontement des humains, entre eux et avec d’autres puissances.
Pour aborder la description des idées qui m’ont paru transposables dans Esteren, je vais donc partir des derniers éléments qui sont révélés au lecteur, ceux qui structurent, au final, les apparences, les acteurs et les décors de la scène.
Le pouvoir derrière les apparences : les trois trônes (IV, p165 – Pocket Fantasy)
L’auteur nomme « trône » le fait de conquérir et de maîtriser l’une des sources des pouvoirs du monde. Les humains, à l’instar de Virgynia Dare, ont « leur » trône. La notion recouvre également le lieu, ou le chemin initiatique qu’il faut parcourir pour y accéder.
C’est au tome IV que les trois grands pouvoirs structuraux sont révélés :
- Vhen, l’énergie vitale et mortelle, qui engendre et qui décompose, qui fait naître, croître, pousser, mourir, décroître, flétrir. Le cycle qui recycle perpétuellement la matière et l’énergie, qui dissout l’existence au profit d’une nouvelle existence.
- Sedos, le pouvoir de la volonté, issu de la conscience des humains-esclaves, qui utilise les éléments naturels et les force à se manifester au-delà de l’intensité et de l’amplitude qui leur a été attribuée par Vhen. La contrepartie de l’usage du Sedos, c’est l’apparition d’un résidu, d’une pollution, dont l’effet corrupteur s’accumule petit à petit dans le monde. Cette contrepartie ne peut pas être immédiatement reliée à l’usage du Sedos, la plupart de ses utilisateurs n’ont pas conscience du prix.
- Xhès, le pouvoir issu de l’abyme, du monde d’en-bas, de l’en-dessous. Le pouvoir employé par les maîtres-sorciers pour asservir l’humanité. Un pouvoir « qui rend probable l’improbable et impossible le certain », une manipulation de ce qui sous-tend le monde et permet d’envisager la mutation des éléments, mais également de peut-être manipuler des énergies plus abstraites que les éléments du monde (l’espace, le temps, la mort)
La personnification des entités suprêmes dominant les trônes
Durant le récit, le lecteur comprend peu à peu que se rejoue une lutte pour la domination des trônes. Or cette domination a déjà été accomplie par des figures anciennes, nommées dans les légendes : le Roi de Bruyère, le Bouffon Noir, Virgynia Dare.
Certes, l’immortalité des anciens maîtres était la conséquence de l’utilisation de Xhès, qui rend la mort impossible. Mais le Sedos semble également capable s’affranchir du pouvoir du Vhen en conférant à celui qui y trône la capacité de « refuser d’être dissous dans la rivière ». La rivière figurant cette circulation du flux vital qui anime la création et régit le cycle majeur du monde, la finitude de tout existant, puisque « tout ce qui a un début a également une fin » selon cet ordre.
Ce refus ne signifie cependant pas que l’on évite la mort, mais plutôt que quelque chose de la conscience survit à la mort et évite la dissolution, dans l’attente d’une forme de réincarnation.
C’est là qu’il y a une originalité : cette réincarnation n’est pas la réapparition du même individu dans un nouveau corps. C’est le produit de la fusion de « ce qui a survécu » avec celui qui aura parcouru le chemin initiatique.
Celui qui parcourt la voie d’accès au trône rencontre donc la ou les consciences survivantes qui ont parcouru le chemin avant lui et il risque donc d’y perdre une partie de son identité individuelle, voire d’être carrément supplanté par la ou les personnalités qui ont usé du pouvoir du Trône pour éviter la dissolution dans le courant de la rivière.
Le débat qui s’ensuit est donc plutôt une affaire de point de vue : un individu parcourt un chemin qui le mène vers un trône. Ce trône contient une puissance qui peut agir sur la personnalité, la conscience et sans doute l’essence même de l’individu, au fur et à mesure qu’il s’approche de le source.
Du coup, deux options possibles, qui ne sont pas explicitées clairement dans le roman :
- soit l’individu qui parvient à s’asseoir sur le trône devient une somme de son propre soi et de tout ceux qui l’ont précédé sur ce même chemin. Dans ce cas, la personnalité qui prend le « contrôle » de sa conscience peut être la sienne (il résiste), une autre (il est dominé) ou toute autre combinaison de plusieurs fragments de conscience qui vont avoir tendance à s’exprimer à des moments, dans des lieux ou des circonstances différentes…
- soit l’individu qui parvient au trône est confronté à l’essence même du Sedos. Le Sedos serait alors une entité indescriptible dont les schèmes d’action se traduiraient invariablement par un mode de pensée qui en serait issu. En quelque sorte, la conscience de l’initié devient un reflet, un avatar, la traduction en concepts humains de quelque chose d’inhumain. La personnalité qui en résulte est donc contrainte par ce qu’est, essentiellement, le Sedos.
Dans ce dernier cas, on pourrait alors également considérer les différents individus qui se sont succédés tout au long de l’histoire humaine comme les avatars, les projections d’une seule et même entité qui « prendrait la place » ou « possèderait » le malheureux dupé par son avidité et son désir de pouvoir. La quête du pouvoir deviendrait alors une annihilation de tout ou partie du soi, pour ne conserver qu’un rapport très instinctif au désir et à la volition. C’est ainsi que l’on rejoint aisément les Heeras d’Arthus.
Les grands cycles
Facilité d’auteur pour situer l’aventure à ce moment-là plutôt qu’à un autre, l’idée est que la capacité que chacun des trois trônes à de se manifester fluctue dans le temps, comme des saisons de plusieurs siècles, ce qui crée et recrée des opportunités de voir se manifester de grands chambardements tout au long d’une histoire trop rapidement oubliée.
Dans le roman, la toile de fond historique n’est qu’esquissée, mais l’on comprend quand même qu’il y a une pré-histoire humaine où ils sont les esclaves. Puis une révolte conduite par Virgynia Dare. Les humains mettent la main sur leur histoire.
Il semble qu’ensuite, un empereur ait également parcouru cette même voie et ait suffisamment pété les plombs pour être surnommé le Bouffon Noir : il serait alors le premier humain à redécouvrir la voie découverte par Virgynia Dare (ou peut-être simplement celui dont on se souvient).
Bref, l’Histoire est amenée à se répéter et il faut donc s’attendre à ce que, périodiquement, le destin du monde soit le prix d’un bonneteau qui fait des trônes, et principalement celui du Sedos, l’enjeu d’une nouvelle partie.
Quelques éléments saillants dans le décor
La période contemporaine qui forme le décor du récit présente plusieurs éléments bien sympathiques :
- une soi-disant tombe de Virgynia Dare qui a été préservée durant toute l’histoire antérieure. Pour l’une des héroïnes, le chemin vers le Sedos passe clairement par cette tombe,
- une église qui fleure bon l’église catholique romaine, avec les « je sais la vérité, mais si vous la connaissiez, vous seriez hérétique »,
- un peuple non-humain, les Selfry, peu aimé, vagabond, sauvage, secret, dont personne ne sait réellement d’où ils viennent ni quel est leur agenda, il sera cependant révélé un grand secret, celui de leur origine, durant le récit : ils sont les descendants abâtardis des maîtres de la préhistoire. Et ils ont caché ce secret aux humains durant des milliers d’année, histoire d’éviter l’extinction.
- un rituel qui consiste à écrire des prières aux morts sur des feuilles de plomb, ceux-ci étant considéré comme agissants par la Tradition, imprégnée de croyance religieuse. Il advient qu’en fait ça marche. Et plutôt bien. Du moins quand celle qui écrit a quelques dons qui la prédisposent à un avenir compliqué.
- des monstres issus d’une forêt qui semble partir en vrille au moment où se manifeste une terrible créature de légende nommée le Roi de Bruyère. Ce Roi de Bruyère est un monstre ancien qui a massacré des tonnes d’humains. Un joli retournement de situation se produit lorsque l’on comprend que ce Roi n’est pas le dirigeant des monstres, mais l’héritier du Trône de Vhen, le cycle naturel. Il est un ennemi de ces monstres qui sont issus de la corruption engendrée par l’usage inconsidéré du Sedos.
- une élégante proposition de la place que peut occuper un érudit dans ce genre d’aventure, au travers de la miraculeuse érudition d’un moine linguiste (l’un des personnages principaux) sur l’analyse d’anciennes cartes et d’anciens récits écrits en une multitude de langues dérivées les unes des autres,
- bamf, autre secret dévoilé en pleine capitale, un unique survivant des anciens maîtres-sorciers, prisonnier dans les profondeurs de la citadelle du roi le plus puissant, retenu depuis l’époque de la victoire de Virgynia Dare, qui sert de conseiller et d’oracle aux rois et aux empereurs depuis des milliers d’année. Discuter avec un démon n’est jamais simple, mais ça peut rapporter…
- une forme de serment qui peut prendre la forme d’un contrat magique, le geos (ou geas, dans Légendes celtiques), qui « oblige » les deux parties. Le nom recèle un pouvoir (c’est par son nom que le maître-sorcier prisonnier est forcé de conseiller la lignée des Dare, c’est par son nom qu’il est libéré, c’est par son nom que l’un des personnages va devoir accomplir un geos),
- Quatre féalités, qui m’ont un temps fait penser aux nornes de la mythologie nordique, avant que leur origine ne soit révélée, qui accèdent à un monde intermédiaire, la zone grise, la frange entre le monde sensible et le monde des morts, accessoirement, elles peuvent également y « inviter » des individus doués,
- L’idée que la frontière entre la mort et la vie peut être affaiblie, puis carrément effacée, jusqu’à laisser revenir des morts, voire à rendre certaines créatures immortelles.
Bref, de nombreuses idées qui n’attendent qu’à être introduites dans Esteren pour former un composite original. J'espère que ma rédaction est suffisamment claire pour créer tout de suite la "résonance" possible avec certains des mystères d'Esteren.
En tout cas, c'est une source copieuse (2400 pages, quand même) mais précieuse, je trouve. Et j'en profite donc à nouveau pour remercier Arthus de m'avoir orienté vers ces ouvrages.
Lecteur avide, ton attention s’il te plait !
Poursuivre la lecture de cette discussion suppose :
- que tu aies lu les Royaumes d’Epines et d’Os,
- ou que tu acceptes d’en connaître les tenants et les aboutissants, ce qui te gâchera une grande partie du plaisir de leur lecture,
Avoir lu certains des sujets spéculatifs est un plus, notamment la proposition d’Arthus et les quelques constats de base que Pwyll posait avant de partir sur une orbite passablement excentrique, enfin, à tout le moins, bien excentrée. Les courtes propositions rationalistes d’Elwë valent également le coup d’œil.
Le pitch des Royaumes d’Épines et d’Os (REO)
Le récit apocalyptique des REO propose une lente découverte des racines d’un monde où plusieurs magies coexistent et où un ancien affrontement cataclysmique a libéré l’humanité toute entière d’un esclavage imposé par des maîtres-sorciers formidablement puissants.
Le lecteur, au cours du récit, va apprendre comment cette révolte a été rendue possible : par la découverte, par les esclaves humains, d’une source de pouvoir alternative à celle maîtrisée par les maîtres. Virgynia Dare, la première humaine à pleinement maîtriser ces pouvoirs, est une figure centrale du renversement du pouvoir des maîtres.
La longue campagne des nombreux personnages-clefs de l’épopée nous permet de suivre la redécouverte de ces pouvoirs et l’affrontement des humains, entre eux et avec d’autres puissances.
Pour aborder la description des idées qui m’ont paru transposables dans Esteren, je vais donc partir des derniers éléments qui sont révélés au lecteur, ceux qui structurent, au final, les apparences, les acteurs et les décors de la scène.
Le pouvoir derrière les apparences : les trois trônes (IV, p165 – Pocket Fantasy)
L’auteur nomme « trône » le fait de conquérir et de maîtriser l’une des sources des pouvoirs du monde. Les humains, à l’instar de Virgynia Dare, ont « leur » trône. La notion recouvre également le lieu, ou le chemin initiatique qu’il faut parcourir pour y accéder.
C’est au tome IV que les trois grands pouvoirs structuraux sont révélés :
- Vhen, l’énergie vitale et mortelle, qui engendre et qui décompose, qui fait naître, croître, pousser, mourir, décroître, flétrir. Le cycle qui recycle perpétuellement la matière et l’énergie, qui dissout l’existence au profit d’une nouvelle existence.
- Sedos, le pouvoir de la volonté, issu de la conscience des humains-esclaves, qui utilise les éléments naturels et les force à se manifester au-delà de l’intensité et de l’amplitude qui leur a été attribuée par Vhen. La contrepartie de l’usage du Sedos, c’est l’apparition d’un résidu, d’une pollution, dont l’effet corrupteur s’accumule petit à petit dans le monde. Cette contrepartie ne peut pas être immédiatement reliée à l’usage du Sedos, la plupart de ses utilisateurs n’ont pas conscience du prix.
- Xhès, le pouvoir issu de l’abyme, du monde d’en-bas, de l’en-dessous. Le pouvoir employé par les maîtres-sorciers pour asservir l’humanité. Un pouvoir « qui rend probable l’improbable et impossible le certain », une manipulation de ce qui sous-tend le monde et permet d’envisager la mutation des éléments, mais également de peut-être manipuler des énergies plus abstraites que les éléments du monde (l’espace, le temps, la mort)
La personnification des entités suprêmes dominant les trônes
Durant le récit, le lecteur comprend peu à peu que se rejoue une lutte pour la domination des trônes. Or cette domination a déjà été accomplie par des figures anciennes, nommées dans les légendes : le Roi de Bruyère, le Bouffon Noir, Virgynia Dare.
Certes, l’immortalité des anciens maîtres était la conséquence de l’utilisation de Xhès, qui rend la mort impossible. Mais le Sedos semble également capable s’affranchir du pouvoir du Vhen en conférant à celui qui y trône la capacité de « refuser d’être dissous dans la rivière ». La rivière figurant cette circulation du flux vital qui anime la création et régit le cycle majeur du monde, la finitude de tout existant, puisque « tout ce qui a un début a également une fin » selon cet ordre.
Ce refus ne signifie cependant pas que l’on évite la mort, mais plutôt que quelque chose de la conscience survit à la mort et évite la dissolution, dans l’attente d’une forme de réincarnation.
C’est là qu’il y a une originalité : cette réincarnation n’est pas la réapparition du même individu dans un nouveau corps. C’est le produit de la fusion de « ce qui a survécu » avec celui qui aura parcouru le chemin initiatique.
Celui qui parcourt la voie d’accès au trône rencontre donc la ou les consciences survivantes qui ont parcouru le chemin avant lui et il risque donc d’y perdre une partie de son identité individuelle, voire d’être carrément supplanté par la ou les personnalités qui ont usé du pouvoir du Trône pour éviter la dissolution dans le courant de la rivière.
Le débat qui s’ensuit est donc plutôt une affaire de point de vue : un individu parcourt un chemin qui le mène vers un trône. Ce trône contient une puissance qui peut agir sur la personnalité, la conscience et sans doute l’essence même de l’individu, au fur et à mesure qu’il s’approche de le source.
Du coup, deux options possibles, qui ne sont pas explicitées clairement dans le roman :
- soit l’individu qui parvient à s’asseoir sur le trône devient une somme de son propre soi et de tout ceux qui l’ont précédé sur ce même chemin. Dans ce cas, la personnalité qui prend le « contrôle » de sa conscience peut être la sienne (il résiste), une autre (il est dominé) ou toute autre combinaison de plusieurs fragments de conscience qui vont avoir tendance à s’exprimer à des moments, dans des lieux ou des circonstances différentes…
- soit l’individu qui parvient au trône est confronté à l’essence même du Sedos. Le Sedos serait alors une entité indescriptible dont les schèmes d’action se traduiraient invariablement par un mode de pensée qui en serait issu. En quelque sorte, la conscience de l’initié devient un reflet, un avatar, la traduction en concepts humains de quelque chose d’inhumain. La personnalité qui en résulte est donc contrainte par ce qu’est, essentiellement, le Sedos.
Dans ce dernier cas, on pourrait alors également considérer les différents individus qui se sont succédés tout au long de l’histoire humaine comme les avatars, les projections d’une seule et même entité qui « prendrait la place » ou « possèderait » le malheureux dupé par son avidité et son désir de pouvoir. La quête du pouvoir deviendrait alors une annihilation de tout ou partie du soi, pour ne conserver qu’un rapport très instinctif au désir et à la volition. C’est ainsi que l’on rejoint aisément les Heeras d’Arthus.
Les grands cycles
Facilité d’auteur pour situer l’aventure à ce moment-là plutôt qu’à un autre, l’idée est que la capacité que chacun des trois trônes à de se manifester fluctue dans le temps, comme des saisons de plusieurs siècles, ce qui crée et recrée des opportunités de voir se manifester de grands chambardements tout au long d’une histoire trop rapidement oubliée.
Dans le roman, la toile de fond historique n’est qu’esquissée, mais l’on comprend quand même qu’il y a une pré-histoire humaine où ils sont les esclaves. Puis une révolte conduite par Virgynia Dare. Les humains mettent la main sur leur histoire.
Il semble qu’ensuite, un empereur ait également parcouru cette même voie et ait suffisamment pété les plombs pour être surnommé le Bouffon Noir : il serait alors le premier humain à redécouvrir la voie découverte par Virgynia Dare (ou peut-être simplement celui dont on se souvient).
Bref, l’Histoire est amenée à se répéter et il faut donc s’attendre à ce que, périodiquement, le destin du monde soit le prix d’un bonneteau qui fait des trônes, et principalement celui du Sedos, l’enjeu d’une nouvelle partie.
Quelques éléments saillants dans le décor
La période contemporaine qui forme le décor du récit présente plusieurs éléments bien sympathiques :
- une soi-disant tombe de Virgynia Dare qui a été préservée durant toute l’histoire antérieure. Pour l’une des héroïnes, le chemin vers le Sedos passe clairement par cette tombe,
- une église qui fleure bon l’église catholique romaine, avec les « je sais la vérité, mais si vous la connaissiez, vous seriez hérétique »,
- un peuple non-humain, les Selfry, peu aimé, vagabond, sauvage, secret, dont personne ne sait réellement d’où ils viennent ni quel est leur agenda, il sera cependant révélé un grand secret, celui de leur origine, durant le récit : ils sont les descendants abâtardis des maîtres de la préhistoire. Et ils ont caché ce secret aux humains durant des milliers d’année, histoire d’éviter l’extinction.
- un rituel qui consiste à écrire des prières aux morts sur des feuilles de plomb, ceux-ci étant considéré comme agissants par la Tradition, imprégnée de croyance religieuse. Il advient qu’en fait ça marche. Et plutôt bien. Du moins quand celle qui écrit a quelques dons qui la prédisposent à un avenir compliqué.
- des monstres issus d’une forêt qui semble partir en vrille au moment où se manifeste une terrible créature de légende nommée le Roi de Bruyère. Ce Roi de Bruyère est un monstre ancien qui a massacré des tonnes d’humains. Un joli retournement de situation se produit lorsque l’on comprend que ce Roi n’est pas le dirigeant des monstres, mais l’héritier du Trône de Vhen, le cycle naturel. Il est un ennemi de ces monstres qui sont issus de la corruption engendrée par l’usage inconsidéré du Sedos.
- une élégante proposition de la place que peut occuper un érudit dans ce genre d’aventure, au travers de la miraculeuse érudition d’un moine linguiste (l’un des personnages principaux) sur l’analyse d’anciennes cartes et d’anciens récits écrits en une multitude de langues dérivées les unes des autres,
- bamf, autre secret dévoilé en pleine capitale, un unique survivant des anciens maîtres-sorciers, prisonnier dans les profondeurs de la citadelle du roi le plus puissant, retenu depuis l’époque de la victoire de Virgynia Dare, qui sert de conseiller et d’oracle aux rois et aux empereurs depuis des milliers d’année. Discuter avec un démon n’est jamais simple, mais ça peut rapporter…
- une forme de serment qui peut prendre la forme d’un contrat magique, le geos (ou geas, dans Légendes celtiques), qui « oblige » les deux parties. Le nom recèle un pouvoir (c’est par son nom que le maître-sorcier prisonnier est forcé de conseiller la lignée des Dare, c’est par son nom qu’il est libéré, c’est par son nom que l’un des personnages va devoir accomplir un geos),
- Quatre féalités, qui m’ont un temps fait penser aux nornes de la mythologie nordique, avant que leur origine ne soit révélée, qui accèdent à un monde intermédiaire, la zone grise, la frange entre le monde sensible et le monde des morts, accessoirement, elles peuvent également y « inviter » des individus doués,
- L’idée que la frontière entre la mort et la vie peut être affaiblie, puis carrément effacée, jusqu’à laisser revenir des morts, voire à rendre certaines créatures immortelles.
Bref, de nombreuses idées qui n’attendent qu’à être introduites dans Esteren pour former un composite original. J'espère que ma rédaction est suffisamment claire pour créer tout de suite la "résonance" possible avec certains des mystères d'Esteren.
En tout cas, c'est une source copieuse (2400 pages, quand même) mais précieuse, je trouve. Et j'en profite donc à nouveau pour remercier Arthus de m'avoir orienté vers ces ouvrages.