[OK] La folie manifestée
Publié : 30 juin 2014, 21:04
J'aimerais vous présenter une idée qui me trotte dans la tête depuis quelques temps, déjà, et dont j'espère pouvoir faire usage un jour pendant une campagne. Elle m'est venue quand je réfléchissais à la nature des objets de pouvoirs. Plusieurs d'entre eux, présentés dans les scénarii officiels, ont le fâcheux effet de développer la folie chez leur utilisateur (le Livre de Jalan, l'Ambre d'Alban...). Au lieu de les prendre pour des objets "magiques" menant à la démence, je me suis dit: et si je faisais l'inverse? Si je les considérais comme des fragments de folie qui ont pris une apparence physique? En poussant ce concept un peu plus loin, j'en suis venu à l'idée suivante: la folie d'un personnage qui se manifeste dans le monde physique, sous forme d'objet, d'être vivant ou de phénomène bizarre.
Imaginons:
Un démorthèn est appelé pour apaiser l'esprit d'un pauvre homme, assailli de visions cauchemardesques. De la méditation jusqu'aux remèdes d'herboriste, rien n'a fonctionné. Il se décide alors à employer un rituel dont il a entendu parler, il y a bien longtemps, de la bouche de son vieux maître. Le cas est assez grave pour qu'il ne songe pas aux mises en garde de ce dernier. Le démorthèn se met à l’œuvre et son patient, quelques jours plus tard, guérit. Fier de lui, il compte bien relater sa réussite au prochain Tsioghair. Toutefois, ce sont ses confrères qui viennent le trouver avant. Ils lui apprennent que, si son ancien malade se porte à merveille, tout le reste de son village a succombé aux mêmes symptômes. Comme si la démence s'était libérée de son hôte et affectait désormais tous ceux qui l'entourent. On leur a révélé l'utilisation du rituel et son effet miraculeux. Le démorthèn est le premier surpris quand ses confrères et amis le traitent de morcail...
Un sigire qui a vu tant de choses horribles, tout au long de sa carrière, a peu à peu sombré dans l'apathie. La prière ne le réconforte plus, la reconnaissance des gens qu'il a sauvés de divers dangers ne le touche plus, les pires actes d'hérésie ne l'atteignent plus. Il se sent vide mais il perçoit aussi que ce n'est pas normal. Avec l'esprit froid et logique, désormais débarrassé de toute émotion, il se dit qu'il est peut-être sous un envoûtement. Alors il invoque machinalement son miracle de purification. Rien ne lui dit qu'il fonctionnera sur lui-même. Il ne sait même pas si d'autres ont déjà tenté la chose. Et pourtant, ça marche. Quelque chose sort de lui et ce néant intérieur disparait. Pour la première fois depuis longtemps, le sigire ressent. Il goûte à nouveau à la joie, la tristesse, le rire, la colère... et la peur. Car depuis cet auto-exorcisme, quelque chose le suit en permanence. Il n'ose pas regarder de quoi il s'agit mais il sait: le néant qui le possédait ne l'a jamais vraiment abandonné.
Un scientör, alors qu'il cherchait une salle d'expérimentation dans son université surpeuplée, découvre un petit atelier que tous semblent avoir oublié. Au milieu trône une machine massive. On dirait un extracteur de flux, quoique différent de ceux que l'établissement emploie d'habitude. Curieux, l'homme l'examine et se rend compte qu'il a face à lui une merveille d'innovation. Il s'en va chercher différents échantillons pour la tester. Les jours passent et le scientör revient souvent. Il désire découvrir comment fonctionne l'appareil. Chacun de ses tests lui donne du flux en quantité, d'une pureté encore jamais vue, mais il ne comprend pas pourquoi. Rapidement, l'incompréhension devient frustration. Il passe maintenant toutes ses journées près de la machine, la porte fermée et bloquée de l'intérieur. Plus il l'étudie, plus les questions se multiplient. On le retrouve un mois après sa disparition des couloirs de l'université, mort d'inanition, des centaines de notes éparpillées autour de lui. Nulle trace de l'extracteur.
La folie manifestée est ce qui arrive lorsque, pour une raison ou une autre, un désordre mental au dernier stade (16 points de trauma au minimum) quitte littéralement l'esprit de qui en souffre et se retrouve incarné dans le monde réel. Elle prend forme et n'affecte plus la psyché du malade, le guérissant totalement de sa pathologie. Une fois sortie de son hôte, la folie manifestée peut se présenter sous trois aspects différents:
Un objet de pouvoir: l'objet accorde à son utilisateur les mêmes bonus (sauf augmentation et diminution de Voies) que le désordre auquel il est associé quand il en est à son plus haut niveau. Par exemple, l'extracteur de flux révolutionnaire décrit plus haut donnait au scientör +4 à tous ses jets le concernant, car il était lié au désordre d'obsession. Seule une personne susceptible de développer la même maladie mentale peut utiliser un tel objet de pouvoir. L'effet est temporaire mais chaque activation de l'objet pour en bénéficier s'accompagne d'un jet de résistance mentale, de plus en plus ardu, sous peine de subir des points de trauma.
Une incarnation: le désordre apparaît dans le monde réel sous la forme d'un être vivant. Étant une représentation de la folie, la créature en est elle-même atteinte au dernier degré. Par exemple, la chose que le sigire a chassé de son corps a pris vie, certes, mais elle se contente de le suivre sans jamais rien faire car elle est l'incarnation du syndrome de la Forteresse Vide. Seule une personne en bonne voie de développer une maladie mentale (6 points de trauma ou d'endurcissement, au moins) peut voir l'incarnation. Elle demeure invisible pour tous les autres. Son comportement est dicté par sa folie et elle peut donc être un allié encombrant ou un ennemi acharné.
Une malédiction: la folie affecte tout son environnement plutôt qu'un seul esprit. Au plus simple, on peut se contenter d'un accès de démence de masse, touchant ceux qui entrent dans la zone maudite. Cependant, on peut faire plus original et imaginer des effets plus variés. C'est ce que j'ai essayé de faire dans les exemples qui vont suivre. Elle peut se centrer sur l'ancien malade (ou l'endroit où repose sa dépouille si jamais il meurt), sur le lieu de la séparation entre lui et son désordre, à un endroit fortement représentatif de sa folie... Par exemple, l'homme guéri par le démorthèn ne souffrait plus de visions mais les gens qui l'entouraient commençaient à développer une pathologie identique, car il était porteur de la malédiction d'hallucination.
Il existe de nombreux moyens de se débarrasser d'une manifestation de la folie, c'est au meneur de choisir laquelle lui correspond le mieux. Du plus simple (détruire l'objet de pouvoir, exorciser la malédiction, attaquer l'incarnation...) au plus complexe (accomplir le rituel inverse du démorthèn, amener le sigire à accepter l'apathie due à ses traumatismes, comprendre le fonctionnement de l'extracteur...).
Voici quelques exemples de manifestations pour chacun des désordres présentés dans les Ombres d'Esteren. Ce ne sont que des idées, rien d'absolu, puisque je pense que, la démence étant un élément très intime d'un personnage, la folie manifestée devrait prendre une apparence différente en fonction de celui dont elle est issue. Si vous avez des idées sur la question ou si vous imaginez d'autres formes pour un des désordres, ou si vous voulez simplement donner votre avis, je serais très heureux de les partager ici.
Imaginons:
Un démorthèn est appelé pour apaiser l'esprit d'un pauvre homme, assailli de visions cauchemardesques. De la méditation jusqu'aux remèdes d'herboriste, rien n'a fonctionné. Il se décide alors à employer un rituel dont il a entendu parler, il y a bien longtemps, de la bouche de son vieux maître. Le cas est assez grave pour qu'il ne songe pas aux mises en garde de ce dernier. Le démorthèn se met à l’œuvre et son patient, quelques jours plus tard, guérit. Fier de lui, il compte bien relater sa réussite au prochain Tsioghair. Toutefois, ce sont ses confrères qui viennent le trouver avant. Ils lui apprennent que, si son ancien malade se porte à merveille, tout le reste de son village a succombé aux mêmes symptômes. Comme si la démence s'était libérée de son hôte et affectait désormais tous ceux qui l'entourent. On leur a révélé l'utilisation du rituel et son effet miraculeux. Le démorthèn est le premier surpris quand ses confrères et amis le traitent de morcail...
Un sigire qui a vu tant de choses horribles, tout au long de sa carrière, a peu à peu sombré dans l'apathie. La prière ne le réconforte plus, la reconnaissance des gens qu'il a sauvés de divers dangers ne le touche plus, les pires actes d'hérésie ne l'atteignent plus. Il se sent vide mais il perçoit aussi que ce n'est pas normal. Avec l'esprit froid et logique, désormais débarrassé de toute émotion, il se dit qu'il est peut-être sous un envoûtement. Alors il invoque machinalement son miracle de purification. Rien ne lui dit qu'il fonctionnera sur lui-même. Il ne sait même pas si d'autres ont déjà tenté la chose. Et pourtant, ça marche. Quelque chose sort de lui et ce néant intérieur disparait. Pour la première fois depuis longtemps, le sigire ressent. Il goûte à nouveau à la joie, la tristesse, le rire, la colère... et la peur. Car depuis cet auto-exorcisme, quelque chose le suit en permanence. Il n'ose pas regarder de quoi il s'agit mais il sait: le néant qui le possédait ne l'a jamais vraiment abandonné.
Un scientör, alors qu'il cherchait une salle d'expérimentation dans son université surpeuplée, découvre un petit atelier que tous semblent avoir oublié. Au milieu trône une machine massive. On dirait un extracteur de flux, quoique différent de ceux que l'établissement emploie d'habitude. Curieux, l'homme l'examine et se rend compte qu'il a face à lui une merveille d'innovation. Il s'en va chercher différents échantillons pour la tester. Les jours passent et le scientör revient souvent. Il désire découvrir comment fonctionne l'appareil. Chacun de ses tests lui donne du flux en quantité, d'une pureté encore jamais vue, mais il ne comprend pas pourquoi. Rapidement, l'incompréhension devient frustration. Il passe maintenant toutes ses journées près de la machine, la porte fermée et bloquée de l'intérieur. Plus il l'étudie, plus les questions se multiplient. On le retrouve un mois après sa disparition des couloirs de l'université, mort d'inanition, des centaines de notes éparpillées autour de lui. Nulle trace de l'extracteur.
La folie manifestée est ce qui arrive lorsque, pour une raison ou une autre, un désordre mental au dernier stade (16 points de trauma au minimum) quitte littéralement l'esprit de qui en souffre et se retrouve incarné dans le monde réel. Elle prend forme et n'affecte plus la psyché du malade, le guérissant totalement de sa pathologie. Une fois sortie de son hôte, la folie manifestée peut se présenter sous trois aspects différents:
Un objet de pouvoir: l'objet accorde à son utilisateur les mêmes bonus (sauf augmentation et diminution de Voies) que le désordre auquel il est associé quand il en est à son plus haut niveau. Par exemple, l'extracteur de flux révolutionnaire décrit plus haut donnait au scientör +4 à tous ses jets le concernant, car il était lié au désordre d'obsession. Seule une personne susceptible de développer la même maladie mentale peut utiliser un tel objet de pouvoir. L'effet est temporaire mais chaque activation de l'objet pour en bénéficier s'accompagne d'un jet de résistance mentale, de plus en plus ardu, sous peine de subir des points de trauma.
Une incarnation: le désordre apparaît dans le monde réel sous la forme d'un être vivant. Étant une représentation de la folie, la créature en est elle-même atteinte au dernier degré. Par exemple, la chose que le sigire a chassé de son corps a pris vie, certes, mais elle se contente de le suivre sans jamais rien faire car elle est l'incarnation du syndrome de la Forteresse Vide. Seule une personne en bonne voie de développer une maladie mentale (6 points de trauma ou d'endurcissement, au moins) peut voir l'incarnation. Elle demeure invisible pour tous les autres. Son comportement est dicté par sa folie et elle peut donc être un allié encombrant ou un ennemi acharné.
Une malédiction: la folie affecte tout son environnement plutôt qu'un seul esprit. Au plus simple, on peut se contenter d'un accès de démence de masse, touchant ceux qui entrent dans la zone maudite. Cependant, on peut faire plus original et imaginer des effets plus variés. C'est ce que j'ai essayé de faire dans les exemples qui vont suivre. Elle peut se centrer sur l'ancien malade (ou l'endroit où repose sa dépouille si jamais il meurt), sur le lieu de la séparation entre lui et son désordre, à un endroit fortement représentatif de sa folie... Par exemple, l'homme guéri par le démorthèn ne souffrait plus de visions mais les gens qui l'entouraient commençaient à développer une pathologie identique, car il était porteur de la malédiction d'hallucination.
Il existe de nombreux moyens de se débarrasser d'une manifestation de la folie, c'est au meneur de choisir laquelle lui correspond le mieux. Du plus simple (détruire l'objet de pouvoir, exorciser la malédiction, attaquer l'incarnation...) au plus complexe (accomplir le rituel inverse du démorthèn, amener le sigire à accepter l'apathie due à ses traumatismes, comprendre le fonctionnement de l'extracteur...).
Voici quelques exemples de manifestations pour chacun des désordres présentés dans les Ombres d'Esteren. Ce ne sont que des idées, rien d'absolu, puisque je pense que, la démence étant un élément très intime d'un personnage, la folie manifestée devrait prendre une apparence différente en fonction de celui dont elle est issue. Si vous avez des idées sur la question ou si vous imaginez d'autres formes pour un des désordres, ou si vous voulez simplement donner votre avis, je serais très heureux de les partager ici.