La Froide Dame
Publié : 18 mai 2014, 22:37
La Froide Dame
Oighear, dans les monts du Mor Roimh, est un des villages les plus élevés de la péninsule. Le bétail fournit un fumier abondant qui permet, pendant la courte saison chaude, de bonnes récoltes de blé et de fruits. Mais, quand le ciel se couvre de nuages ou que des grondements retentissent dans la montagne, les habitants se tournent avec inquiétude vers le Pic de Sneachda, cette montagne recouverte d’épais glaciers et qui semble concentrer toutes les calamités de la région…
Il y a bien des années, selon les récits, une belle adolescente aux yeux gris et à la peau très blanche cueillait des fleurs ou des airelles dans les hauts pâturages. Elle s’appelait Sneachda, ce qui veut dire « Neige ». A la tombée du jour, les bergers qui gardaient les calyres s’aperçurent qu’elle avait disparu. Ils trouvèrent ses fleurs dispersées le long d’un sentier, puis la trace de ses pas dans la neige, montant vers le glacier. Ils la cherchèrent avec des torches, mais ne la trouvèrent que le lendemain matin, pelotonnée dans une faille de glace. Le demorthèn du village la soigna : elle paraissait peu touchée par le gel, mais elle tenait des propos incohérents sur le « Seigneur Blanc » ou le « Magnifique ». Puis elle criait : « Neige sur le village ! Froid et neige sur vous tous ! »
Ses parents étaient déjà morts, et ses frères, qui tenaient la maison, n’avaient pas envie de s’encombrer d’une folle. Sneachda resta chez le demorthèn. Mais le vieil homme, peu expert en accouchements, alla en cachette demander conseil à la damathair sur ce qu’il fallait faire en cas de grossesse. L’hiver vint, plus précoce que d’habitude, et la damathair, revenant de chez le demorthèn, fut prise dans une tempête de neige et saisie de congestion. Avant de mourir, elle eut le temps de murmurer : « Occupez-vous de l’enfant… »
Les villageois vinrent plusieurs fois chez le demorthèn. Ils le menacèrent et demandèrent qu’il les débarrasse du bébé, encore à naître, car il ne pouvait être qu’un rejeton du Démon des Glaces. Leurs soupçons devinrent une certitude quand, un matin, ils trouvèrent le demorthèn mort dans son lit. Le toit couvert de neige s’était écroulé, et la neige, tombant sur la cheminée, avait formé sur lui une épaisse couche de glace. L’adolescente, elle, avait disparu…
Un peu plus tard, une avalanche, d’une violence sans précédent, balaya le village et emporta plusieurs maisons. Puis des chutes de neige continuelles bloquèrent les cols pendant des mois et empêchèrent de faire venir de la nourriture pour remplacer ce qui avait été perdu. Ceux qui essayaient de sortir du village étaient terrifiés par des échos qui répétaient : « Neige sur le village ! Froid et neige sur vous tous ! » Au printemps, les villageois prirent le peu qui leur restait de nourriture et allèrent le déposer en offrande dans la montagne, là où Sneachda avait été retrouvée : ils espéraient conjurer la colère du Démon des Glaces. Mais une semaine plus tard, une nouvelle avalanche de neige barra la rivière et inonda toute la vallée. L’été suivant, un orage de grêle ravagea les fruits à peine mûrs. Les villageois portèrent de nouvelles offrandes et les désastres s’arrêtèrent… pour un temps.
Les villageois savent que Snechda vit toujours, dans les glaciers inaccessibles du Pic de Sneachda. Parfois, ils trouvent des humains ou des bêtes inexplicablement morts de froid. Parfois, la nuit, dans les maisons où une femme vient d’accoucher, on entend le gémissement du vent accompagné d’une voix froide et douce comme la neige, qui répète : « Le Magnifique veut un enfant ! Le Seigneur Blanc cherche un enfant ! » Généralement, c’est l’annonce de la mort d’un nourrisson. Pour conjurer le sort, avant chaque naissance, ils vont encore déposer des offrandes au pied du Pic. Mais cela ne suffit pas toujours. La Froide Dame, dit-on, est impitoyable comme le glacier d’où elle vient.
Ce que les villageois ne savent pas, c’est que l’enfant de Sneachda a survécu. La jeune fille a pu se cacher dans une grotte de la montagne, nourrie des provisions emportées de chez le demorthèn, puis des charognes qu’elle peut trouver grâce au vol des corbeaux, puis des offrandes des villageois superstitieux. Elle a appris à se servir des oghams du demorthèn, et surtout de celui de la Glace. Dans son délire, elle croit que c’est le Seigneur Blanc qui la protège et lui ordonne de punir les villageois ingrats. Elle a eu le temps d’élever le garçon, Fuar, et de l’instruire dans son art de morcail. Quand elle est morte, Fuar a conservé son corps dans un bloc de glace, au fond d’une grotte. Il croit que c’est l’esprit de sa mère qui l’inspire et qui lui ordonne de rôder autour du village, vêtu de son manteau de sorcière, en prononçant des maléfices. Il n’a jamais connu d’autre humain qu’elle et il a terriblement peur de tout contact.
C'est une version possible de l’histoire de Sneachda, la Froide Dame (Voyages, PDF, p.166). Curieusement, le pré-tiré ne lui attribuait pas l’ogham Glace. Si les PJ ont à faire dans les parages du Pic de Sneachda, celle-ci peut leur apparaître sous forme de récits, de rêves, d'échos entendus pendant la nuit, d'accidents variés, avalanches, chutes de grêle, que les habitants expliquent bien sûr par la malédiction de Sneachda. Peut-être que certaines personnes - les frères de Sneachda, par exemple - chercheront à les menacer et décourager leur curiosité. En y mettant un peu d'acharnement, ils peuvent découvrir la personne réelle, Fuar, qui entretient le maléfice, et le corps de Sneachda qu'il croit à l'origine de son pouvoir. Ce qu'ils feront de cette découverte dépend d'eux.
Oighear, dans les monts du Mor Roimh, est un des villages les plus élevés de la péninsule. Le bétail fournit un fumier abondant qui permet, pendant la courte saison chaude, de bonnes récoltes de blé et de fruits. Mais, quand le ciel se couvre de nuages ou que des grondements retentissent dans la montagne, les habitants se tournent avec inquiétude vers le Pic de Sneachda, cette montagne recouverte d’épais glaciers et qui semble concentrer toutes les calamités de la région…
Il y a bien des années, selon les récits, une belle adolescente aux yeux gris et à la peau très blanche cueillait des fleurs ou des airelles dans les hauts pâturages. Elle s’appelait Sneachda, ce qui veut dire « Neige ». A la tombée du jour, les bergers qui gardaient les calyres s’aperçurent qu’elle avait disparu. Ils trouvèrent ses fleurs dispersées le long d’un sentier, puis la trace de ses pas dans la neige, montant vers le glacier. Ils la cherchèrent avec des torches, mais ne la trouvèrent que le lendemain matin, pelotonnée dans une faille de glace. Le demorthèn du village la soigna : elle paraissait peu touchée par le gel, mais elle tenait des propos incohérents sur le « Seigneur Blanc » ou le « Magnifique ». Puis elle criait : « Neige sur le village ! Froid et neige sur vous tous ! »
Ses parents étaient déjà morts, et ses frères, qui tenaient la maison, n’avaient pas envie de s’encombrer d’une folle. Sneachda resta chez le demorthèn. Mais le vieil homme, peu expert en accouchements, alla en cachette demander conseil à la damathair sur ce qu’il fallait faire en cas de grossesse. L’hiver vint, plus précoce que d’habitude, et la damathair, revenant de chez le demorthèn, fut prise dans une tempête de neige et saisie de congestion. Avant de mourir, elle eut le temps de murmurer : « Occupez-vous de l’enfant… »
Les villageois vinrent plusieurs fois chez le demorthèn. Ils le menacèrent et demandèrent qu’il les débarrasse du bébé, encore à naître, car il ne pouvait être qu’un rejeton du Démon des Glaces. Leurs soupçons devinrent une certitude quand, un matin, ils trouvèrent le demorthèn mort dans son lit. Le toit couvert de neige s’était écroulé, et la neige, tombant sur la cheminée, avait formé sur lui une épaisse couche de glace. L’adolescente, elle, avait disparu…
Un peu plus tard, une avalanche, d’une violence sans précédent, balaya le village et emporta plusieurs maisons. Puis des chutes de neige continuelles bloquèrent les cols pendant des mois et empêchèrent de faire venir de la nourriture pour remplacer ce qui avait été perdu. Ceux qui essayaient de sortir du village étaient terrifiés par des échos qui répétaient : « Neige sur le village ! Froid et neige sur vous tous ! » Au printemps, les villageois prirent le peu qui leur restait de nourriture et allèrent le déposer en offrande dans la montagne, là où Sneachda avait été retrouvée : ils espéraient conjurer la colère du Démon des Glaces. Mais une semaine plus tard, une nouvelle avalanche de neige barra la rivière et inonda toute la vallée. L’été suivant, un orage de grêle ravagea les fruits à peine mûrs. Les villageois portèrent de nouvelles offrandes et les désastres s’arrêtèrent… pour un temps.
Les villageois savent que Snechda vit toujours, dans les glaciers inaccessibles du Pic de Sneachda. Parfois, ils trouvent des humains ou des bêtes inexplicablement morts de froid. Parfois, la nuit, dans les maisons où une femme vient d’accoucher, on entend le gémissement du vent accompagné d’une voix froide et douce comme la neige, qui répète : « Le Magnifique veut un enfant ! Le Seigneur Blanc cherche un enfant ! » Généralement, c’est l’annonce de la mort d’un nourrisson. Pour conjurer le sort, avant chaque naissance, ils vont encore déposer des offrandes au pied du Pic. Mais cela ne suffit pas toujours. La Froide Dame, dit-on, est impitoyable comme le glacier d’où elle vient.
Ce que les villageois ne savent pas, c’est que l’enfant de Sneachda a survécu. La jeune fille a pu se cacher dans une grotte de la montagne, nourrie des provisions emportées de chez le demorthèn, puis des charognes qu’elle peut trouver grâce au vol des corbeaux, puis des offrandes des villageois superstitieux. Elle a appris à se servir des oghams du demorthèn, et surtout de celui de la Glace. Dans son délire, elle croit que c’est le Seigneur Blanc qui la protège et lui ordonne de punir les villageois ingrats. Elle a eu le temps d’élever le garçon, Fuar, et de l’instruire dans son art de morcail. Quand elle est morte, Fuar a conservé son corps dans un bloc de glace, au fond d’une grotte. Il croit que c’est l’esprit de sa mère qui l’inspire et qui lui ordonne de rôder autour du village, vêtu de son manteau de sorcière, en prononçant des maléfices. Il n’a jamais connu d’autre humain qu’elle et il a terriblement peur de tout contact.
C'est une version possible de l’histoire de Sneachda, la Froide Dame (Voyages, PDF, p.166). Curieusement, le pré-tiré ne lui attribuait pas l’ogham Glace. Si les PJ ont à faire dans les parages du Pic de Sneachda, celle-ci peut leur apparaître sous forme de récits, de rêves, d'échos entendus pendant la nuit, d'accidents variés, avalanches, chutes de grêle, que les habitants expliquent bien sûr par la malédiction de Sneachda. Peut-être que certaines personnes - les frères de Sneachda, par exemple - chercheront à les menacer et décourager leur curiosité. En y mettant un peu d'acharnement, ils peuvent découvrir la personne réelle, Fuar, qui entretient le maléfice, et le corps de Sneachda qu'il croit à l'origine de son pouvoir. Ce qu'ils feront de cette découverte dépend d'eux.