Re: Chevaliers ronces
Publié : 11 août 2013, 08:59
J'ai recommencé à écrire l'histoire légendaire du fondateur mythique de l'ordre. Ce n'est pas encore complet et ce n'est qu'un premier jet pas encore vraiment relu. Mais ça peut déjà donner une idée et, rien n'étant définitif, beaucoup de choses peuvent encore changer :
Histoire et légende du fondateur de l'ordre
L'histoire des chevaliers-ronces commence avec celle de leur fondateur, indissociable du mythe qui s'est peu à peu attaché à sa figure. La légende raconte que le dernier né de la lignée des Mac Crown entrait dans sa troisième année lorsque ses ascendants masculins périrent lors d'une violente guerre territoriale à laquelle se seraient invitée une étrange nuée de féondas et qu'il avait pour nom Yannkael. Dernier héritier de cette ancienne famille, sa trop grande jeunesse l'empêcherait de gouverner de nombreuses années encore. La tradition exigeait qu'après sa période de deuil, la duchesse de Crown, sa mère, reprenne époux pour assurer la pérennité de leur petit duché. La légende reste floue sur celui qu'elle dut épouser en seconde noce : était-ce l'assaillant qui exigeait ce prix pour légitimer sa victoire sur le père de Yannkael ou au contraire un ancien allié désireux de profiter de l'occasion pour étendre et consolider son domaine ? Peu importe, les épopées varient sur ce point mais s'accordent pour raconter que la duchesse finit par dépasser ses réticences et accomplir ce devoir qu'on lui rendait pressant.
Les différentes sources convergent également pour expliquer les circonstances de l'exil forcé de Yannkael Mac Crown. En effet, même si le jeune âge du garçonnet n'en faisait pas un danger immédiat, la présence d'un héritier Crown chagrinait le nouveau maître du duché. La tension était palpable et la duchesse, qui conservait bien des alliés en sa demeure, avait eu vent de complots fomentés par l'entourage de son nouvel époux pour éliminer toute future concurrence et attenter à la vie de celui qu'il considérait désormais comme un bâtard, mais qui, aux yeux des petites gens et des derniers fidèles aux Crown, passait pour le légitime héritier. Parmi ces derniers, il s'en trouva un dont la vie allait prendre un tout autre tour lorsque la duchesse Elisandre Mac Crown se décida à agir avant qu'il ne soit trop tard pour son fils.
C'était un demorthèn, ancien conseiller du duc, lui-même mal considéré et évincé depuis le changement de pouvoir. Dès la fin de la bataille qui avait scellé le destin du duc, il avait fait part à Elisandre de son désir de se retirer pour retrouver les C'maoghs de la Mor Forsair, la plus vaste forêt de la péninsule. Mais celle-ci, nécessiteuse d'un solide soutien pour l'aider à accomplir un devoir qui lui répugnait, l'avait convaincu de demeurer un temps auprès d'elle. Les rumeurs de complot visant Yannkael avaient tout accéléré : la duchesse fit le choix déchirant de se séparer prématurément de son enfant et de le confier au fidèle demorthèn, précipitant son départ. Pour leur sécurité, Elisandre exigea du vieux conseiller qu'il cache à Yannkael ses origines, mais qu'il l'éduque en homme de bien autant qu'en guerrier, un homme capable de représenter l'idéal des valeurs qu'elle et son mari partageaient avec celui qui, ce jour-là, devait emmener leur fils pour devenir un bien curieux précepteur. Gaerwyn, car tel était son nom, s'éclipsa discrètement avec l'enfant et, malgré les recherches, ou plutôt la traque, mises en œuvre par le beau père du jeune Mac Crown, parvint à rejoindre les sombres fourrés de la Mor Forsair. La duchesse feignit le désespoir, prétendant que son fils avait été enlevé, enjoignant qu'on accélère et qu'on intensifie les recherches et se montrant finalement si inconsolable qu'elle attendrit même la colère de son nouvel époux. Elle était bonne comédienne, les doutes dont elle faisait l'objet, s'évanouirent peu à peu, en même temps que les pisteurs voyaient leurs traques se soldaient par des échecs répétés. La disparition du dernier Mac Crown finit par convenir au nouveau duc et, si sa mort ne fut jamais confirmée, les nombreuses rumeurs qui germèrent en ce sens, peut-être à l'instigation des derniers fidèles de la duchesse elle-même, finirent par devenir une vérité assénée à qui voulait bien l'entendre : la lignée des ancien Mac Crown s'éteignit à mesure que le souvenir de Yannkael sombrait dans l'oubli et le silence, allant même jusqu'à devenir un implicite tabou dans le petit duché.
Avec l'aide des esprits, Gaerwyn parvint à rester caché toutes ces années dans les profondeurs des frondaisons de la Mor Forsair. Plus qu'un précepteur, il devint presque un père pour le jeune Yannkael qui grandit sous son exigeante tutelle. La forêt était dangereuse mais Gaerwyn n'avait pas usurpé les bruits de couloir qui évoquaient son habileté et sa puissance, il sut mieux que quiconque protéger son pupile. Il l'éduqua durant huit longues années de solitudes forestières dans le respect des traditions séculaires et des valeurs chevaleresques que Gaerwyn s'efforçait d'idéaliser et de conformer à sa propre vision mystique du monde. Sans s'en rendre compte, il définissait le prototype d'un modèle talkéride qui n'existait pas jusqu'alors mais que lui-même avait un temps fantasmé en servant les Mac Crown sans jamais véritablement le théoriser : l'idée d'un guerrier dont le noble héritage et la noble naissance seconderaient sa noblesse de cœur et dont les actes seraient tout entier motivés par une idée plus haute et respectueuse de ce que devraient être l'esprit des Trikazéliens, des hommes en accord avec la terre qu'ils foulaient et capables de s'unir, par le biais de leur respect pour les traditions ancestrales qu'ils partageaient, pour le bien commun.
Gaerwyn était sans doute un rêveur, mais il vit dans le don que lui avait la duchesse un matériau à modeler selon ce rêve. S'il s'y entendait pour la morale et ce que le jeune Yannkael prenait bien souvent pour un long prêche ou la définition d'un code rigoureux de conduite, Gaerwyn savait qu'il était temps de lui fournir ce qu'il ne pouvait que bien mal lui enseigner : l'étoffe d'un guerrier et la connaissance des arts du combat. Gaerwyn, que Yannkael voyait de plus en plus comme un père, fit appel à une très vieille de ses connaissances, une de celle qui l'avait accompagnée jadis sur les routes de la péninsule alors qu'il n'était encore qu'un ionnthen, et offrit à son protégé, en plus d'une experte dans le maniement des armes, sa première image de femme depuis bien des années.