Hello!
Je n'ai pas "peur" de secrets qui donneraient le vertige, mais j'ai simplement l'impression que la vision que tu proposes se rapproche beaucoup d'un thème actuellement surexploité dans la littérature et au cinéma : le "grand secret" des Templiers et des Cathares, qui sont en général présentés comme de gentils progressistes détenteurs du Secret de l'Univers, ou de la Vérité Cachée à propos de la religion catholique.
Ce thème a été tellement utilisé ces dernières années qu'il est pratiquement devenu un canon de la littérature, au point de former un genre à part entière.
Or, je le répète, le parti-pris des auteurs semble être de détourner les clichés (ce qui est écrit noir sur blanc dans le scénario "automne rouge", et que l'on retrouve avec la figure d'Argan dans Dearg), et leur manière de faire reflète cette tendance (dans le cas d'Argan, c'est particulièrement flagrant : tout est calculé pour qu'il passe pour l'infect salopard de service caricatural aux yeux des joueurs, alors qu'en fait, il devrait se révéler beaucoup plus nuancé que cela, au point de devenir l'allié des personnages dans certaines circonstances, dixit Nel).
Pour moi, la présentation de la Rose Blanche dans les livres ressemble assez furieusement à cette méthode de détournement des clichés.
Cette impression est renforcée chez moi par les autres indices qui figurent dans le nouveau livre 2 (en anglais). En effet, le passage sur l'adret des gisants me semble assez significatif : l'histoire de ce lieu est associé à une vieille légende, ainsi qu'à la Rose Blanche.
Or, on constate que la vieille légende a été modifiée au fil du temps, ou plus exactement qu'elle a été "codée" symboliquement en y intégrant des éléments qui font métaphoriquement référence à la Rose Blanche. Et cette référence codée fait référence à un évènement bien précis, qui n'a strictement rien de religieux : la disparition de la princesse Peirenne, héritière présumée du trône de Gwidre, et ce juste avant la guerre du Temple.
On voit donc bien ici le mécanisme : un conte emprunt de surnaturel a en fait été détourné pour y cacher un secret politique bien concret, qui n'a rien à voir avec une vérité métaphysique sur l'Univers.
Selon moi, cette façon de procéder est la "marque de fabrique" de la Rose Blanche en matière de communication.
Du coup, mon sentiment est que Peirenne aurait dû accéder au trône de Gwidre, et qu'elle dérangeait pas mal de monde en raison d'une vision sans doute moins politisée, et plus progressiste du dogme du Temple (un peu comme le dogme cathare, dénué de toute l'aura de mystère surnaturel de "gardiens du Graal" ou autres qu'on leur a associé par la suite).
Elle aurait donc incarné une certaine évolution du dogme Templiste, basée non pas sur une "nouvelle révélation", mais plutôt sur des idées novatrices.
Du coup, le Hiérophante Tomar et l'actuel roi de Gwidre (dont j'ai oublié le nom) se sont associés pour la faire disparaître, et ont déclenché la guerre du Temple pour détourner l'attention de la population, et ainsi étouffer l'affaire.
Dès lors, Innis Tile ne serait rien d'autre qu'un nouveau code pour désigner Peirenne, et pas du tout le vrai nom de l'Unique. Quant à la réincarnation, ce serait un message subliminal envoyé au Temple officiel pour bien leur montrer que la vision de Peirenne n'est pas morte, et qu'elle finira par revenir.
Et enfin, deux autres références me renforcent dans cette pensée :
- d'une part, la "rose blanche" pourrait faire référence au mouvement de résistance éponyme d'intellectuels allemands au cours de la 2e guerre mondiale : dans ce cas, la "rose blanche" incarnerait une résistance face à l'autoritarisme, la dictature, le racisme et l'imposition d'une pensée unique, sans la moindre connotation métaphysique ou religieuse.
- d'autre part, la "rose" pourrait être une simple référence allégorique à la femme aimée, comme dans les "Romans de la Rose" médiévaux de Jean Renart et Guillaume de Loris, et dont la symbolique aurait par ailleurs été réutilisée partiellement par Umberto Eco dans son célèbre roman "le nom de la rose". Quant à la couleur blanche, elle ferait référence à la pureté, si chère au Temple.
Par ailleurs, en faisant des recherches sur Wikipédia sur la signification du titre du roman d'Umberto Eco, j'ai trouvé un passage très intéressant...
Wikipédia a écrit :
Titre du roman
[...]
Umberto Eco a écrit qu'il avait finalement retenu pour titre Le Nom de la rose, car il l'aimait du fait que « la rose est une figure symbolique tellement chargée de significations qu'elle finit par n'en avoir plus aucune ou presque »3.
Ce titre, de son propre aveu, fait référence à l'hexamètre latin final, tiré du De contemptu mundi de Bernard de Morlaix, quelque peu sibyllin et nostalgique qui conclut le roman, Stat rosa pristina nomine, nomina nuda tenemus (« La rose d'origine n'existe plus que par son nom, nous ne possédons plus que de simples noms »). En fait, cette phrase est une transposition de la citation fameuse tirée du De contemptu mundi de Bernard de Morlaix, moine bénédictin du XIIe siècle : Nunc ubi Regulus aut ubi Romulus aut ubi Remus? / Stat Roma pristina nomine, nomina nuda tenemus.
Le titre Le Nom de la rose est aussi une référence à un très grand succès littéraire du Moyen Âge dont le début est ésotérique et la suite satirique, le Roman de la Rose.
L'hexamètre... Le chiffre 6... Et la phrase qui fait clairement référence à quelque chose qui a perdu sa signification, qui a été oubliée...
Qui sait, c'est peut-être ça, la fameuse référence du chiffre "6".
Enfin, je tenais à préciser que tout ce que j'ai écrit ici ne reflète que mon sentiment actuel sur la question. Je peux très bien me fourvoyer, tout comme il se peut très bien que la vérité sur la Rose Blanche soit à cheval entre nos deux visions. (Typiquement, on peut imaginer que Peirenne était une élue mystique persuadée d'avoir eu un message de l'Unique, que cette vision soit réelle ou un délire de son imagination, et que l'entité -si elle existe- ait été ce qui se fait appeler l'Unique, ou autre chose...)