Re: Le Loup des Brumes
Publié : 16 oct. 2012, 00:21
J'aime beaucoup l'idée d'une créature agissante mais sans qu'on sache si elle existe ou pas. Le fait qu'elle parle à la première personne est joyeusement paradoxal, mais peut-être est-ce une liberté de barde. Il y aurait sans doute moyen d'accentuer le côté "récit de barde".
Si je devais me servir de cette légende, je prolongerais une des idées d'Iznurda: créature protectrice-guide des enfants, et qui aide à avoir des enfants (pour les couples ayant des problèmes de fécondité) en réincarnant en ce monde les enfants disparus. Ce serait un des rares indices sur le système de croyances tarish.
J’ai un peu récrit la nouvelle en y introduisant le rapport aux enfants. J’espère que Bleys n’y voit pas d’inconvénient. Ce serait une version de la légende parmi d’autres, disons.
Si je devais me servir de cette légende, je prolongerais une des idées d'Iznurda: créature protectrice-guide des enfants, et qui aide à avoir des enfants (pour les couples ayant des problèmes de fécondité) en réincarnant en ce monde les enfants disparus. Ce serait un des rares indices sur le système de croyances tarish.
J’ai un peu récrit la nouvelle en y introduisant le rapport aux enfants. J’espère que Bleys n’y voit pas d’inconvénient. Ce serait une version de la légende parmi d’autres, disons.
Patrick Cialf a écrit :Nuit. Le sol est humide. L’air froid du sous-bois accueille avec avidité le souffle chaud de ma gorge et le transforme en un nuage de cristaux glacials. Je cours depuis des jours. L’instinct m’a poussé à quitter les miens, à m’engager sur la voie de l’absolue abnégation. Ma route est tracée mais le chemin est périlleux. Je dois sans cesse contourner les obstacles qui se dressent devant moi.
Une clairière. C’est là, je le sais, que la rencontre avec le destin est écrite dans le temps.
Le ciel nocturne est assombri par de lourds nuages chargés de pluie et de neige. Sigurt McNeil est adossé à une vieille pierre de pouvoir, renversée par le temps ou les ravages des hommes du Dieu Unique. Il s’est assoupi, fourbu par une longue journée de marche dans la montagne, ralentie à cause du froid et du manteau blanc de cette neige qui s’éternise en ce début de printemps. Son seigneur de père l’a envoyé prendre des nouvelles d’une petite communauté de mineurs qui extraient tant bien que mal le fer des mines des hautes terres. Cinq longs mois qu’aucun chargement n’a rejoint le château et Père s’en inquiète. A juste titre, à vrai dire, au vu de l’hiver qui se termine mais où le froid a régné en maître sur le domaine. Le chemin a été dur, et il sera dur encore pour redescendre sur la piste glacée, avant de retrouver sa jeune femme qui l’attend, le ventre gonflé par sa déjà longue grossesse. Mais pour l’instant, Sigurt se repose. Son caernide est attaché non loin, il gratte du sabot pour déterrer quelques jeunes pousses qui naissent sous la couche neigeuse.
Calme. J’avance à pas feutrés. Le vent souffle sur moi, masquant mon odeur à l’animal qui broute un peu plus loin. J’approche sans bruit de l’homme endormi. Il frissonne quand j’arrive à sa hauteur et, machinalement, remonte sur lui sa pelisse de laine vierge. Je le touche.
Les hurlements font jaillir Sigurt de son sommeil. Il est encore désorienté mais son bras, plus vif que son esprit, a le réflexe de parer le premier coup. L’assaillant est à peine visible dans l’obscurité glacée du souterrain. Pourtant, un éclat transparent de glace vient surligner le masque obscur qui recouvre son visage. Ses membres sont anormalement longs, terminés comme par des lames de faux, et Sigurt n’a que le temps de se relever avant que les bras de la créature ne s’abattent à nouveau sur lui. Il voudrait crier, mais son entraînement martial prend le pas sur la peur. Il réussit in extremis à repousser les assauts suivants. Autour de lui, les mineurs épouvantés se battent, crient, tombent, meurent. Les créatures sont trop nombreuses. La mine est rapidement submergée. Un coup atteint Sigurt à l’épaule. Il tombe. Les créatures sont sur lui… Un cri résonne dans le noir, pareil à un cri d’enfant…
Noir. Je peux maintenant repartir. J’ai accompli mon devoir. Je regagne la protection de la forêt tandis que les premières lueurs de l’aube pointent à l’horizon. Là-bas, l’animal continue son repas tranquillement. Il n’a rien remarqué. La liberté m’attend.
Sigurt McNeil se réveille en sursaut. La clairière est calme, mais les dernières images d’un rêve emballent son rythme cardiaque. Son caernide le regarde un instant, l’air surpris par le brusque mouvement de son maître, avant de recommencer à gratter la neige. Il se lève, son cœur se calme progressivement. Autour de lui, la clairière est silencieuse. Quelques nappes d’une brume lumineuse s’élèvent en volute du sol. Sigurt s’apprête à repartir. Oh, il ne va finalement pas se rendre seul dans le village des mineurs. Son instinct lui dicte plutôt de redescendre au château, où il sent que sa jeune femme a besoin de lui. Père grondera tant qu’il voudra. Dès qu’il sera rassuré sur le sort de sa femme et de son bébé, Sigurt remontera à la mine avec quelques hommes d’armes. En se baissant pour délier le caernide, il voit des empreintes fraîches dans la neige qui s’éloignent vers la vallée. Comment cette créature a-t-elle pu passer si près sans le réveiller et sans alarmer le caernide ? Etait-ce vraiment un loup ?