iznurda a écrit :et puisque je semble le seul à cogiter sur le sujet
M'enfin, meuh non!
J'ai une vision légèrement différente de la chose. Ma conception, que je développerai sans doute ultérieurement dans le sujet "armuir, monde et secrets" (que je dois d'ailleurs retravailler...) se base sur divers éléments glanés -et librement adaptés au gré de mes envies- au cours de mes lectures sur la culture celtique. Cela signifie que, bien qu'intégralement transposable à Esteren, cette vision n'a pas été développée directement à partir du livre de base. Pour ceux que ça intéresse, mes sources d'inspiration sont :
- wikipédia ("druide" et "filid")
- Les celtes, aux éditions du chêne
- Magie, médecine et divination chez les celtes, par C-J Guyonvar'ch, aux éditions payot (introuvable, j'ai eu le bol de tomber dessus totalement par hasard dans une librairie spécialisée dans la fantasy et la sci-fi, cela dit il est peut-être consultable dans les bibliothèques, notamment universitaires)
Bref, après ce long interlude contextuel, rentrons dans le vif du sujet...
Concernant l'écrit
Précision importante pour éviter les confusions : je pars du principe qu'il n'y a pas de "langue de pouvoir".
La culture Démorthèn/filid (d'Armuir) est à la base exclusivement orale. Cela s'explique par la conception selon laquelle "l'écrit est une parole morte". En effet, la parole se doit d'être aussi vivante que la réalité qu'elle décrit, sans quoi elle ne serait qu'une coquille vide et inutile. Dans cette vision des choses, une parole appartient à son auteur, qui est le seul à en appréhender totalement le sens. De plus, cette parole vise à décrire, à correspondre à une réalité vivante, changeante, éphémère et ambigüe. Il serait donc un non sens de tenter de les emprisonner toutes deux (la parole et la réalité décrite) dans une forme durable et forcément imparfaite, l'écrit.
Cela reviendrait à tenter d'enfermer le ciel dans une cage de métal, ce qui n'a aucun sens. En effet, l'imbécile qui s'y risquerait pourrait avoir l'illusion d'avoir enfermé le ciel, mais le sage sait que la cage serait en réalité vide, et que cette croyance ne serait qe le résultat de la vision parcellaire et imparfaite dudit imbécile.
Ceci explique pourquoi il n'existerait pas d'écrit dans la tradition démorthèn/filid, et pourquoi les clans Osags -et la majorité de la péninsule/d'Armuir du reste- sont illetrés. Il est à noter que cet illetrisme n'est pas toujours perçu négativement, bien au contraire. Il existe même une résistance farouche à l'écriture chez les plus traditionnalistes, qui y verront au mieux une marque de stupidité sans borne, au pire un acte contre-nature, violant des coutumes ancestrales sacrées. Par ailleurs, l'écriture ayant bien souvent une connotation magique (dans Armuir, elle sera liée à une divinité équivalent d'Ogme), elle sera souvent perçue avec une crainte superstitieuse, et leur utilisateurs non démorthèn (donc non initiés) seront craints et méprisés (parce qu"ils utilisent un pouvoir qui les dépasse, que c'est sacrilège et qu'en plus c'est lâche, car c'est faire preuve d'une certaine forme de ruse sournoise en utilisant une arme déloyale). Cela peut conduire à des débordements de violence chez les plus traditionnalistes/extrémistes, un lettré non démorthèn/filid pouvant être condamné à mort et/ou lynché par la populace si on le prend en train d'écrire ou de lire.
A côté de cela, le développement de systèmes administratifs centralisés (les "royaumes"), l'urbanisation et les apports extérieurs (en Tri-kazel, ce sera les apports continentaux, en Armuir, ce sera l'apparition de la religion Daïnite) contribueront à l'apparition et au développement de l'écriture, essentiellement dans les grands centres urbains, scientifiques et religieux. Ce phénomène se développera parallèlement au déclin progressif des traditions au sein des différents royaumes.
Pour faire court, on peut dire que selon cette vision, il y a d'un côté les "citadins, religieux du temple et scientifiques", chez qui les traditions sont oubliées et qui sont "partisans" de l'écriture, et de l'autre les communautés traditionnelles, essentiellement rurales, pour qui l'écriture est vue avec méfiance, voire avec hostilité. Et bien sûr, il arrive qu'il y ait des conflits entre ces deux "factions", tout simplement parce qu'elles ont des conceptions trop différentes et ne se comprennent pas.
Concernant les Oghams
Dans la logique développée précédemment, l'ogham est une prérogative exclusive du Démorthèn/filid. Par ailleurs, il ne s'agit pas vraiment d'une écriture, mais plutôt d'un symbole dont la fonction est de matérialiser un concept. De cette manière, le démorthèn/filid lie le spirituel au matériel, ce qui permet aux concepts invoqués d'avoir une influence concrète dans le monde (voir "Sidh" et "midh" dans le sujet "Armuir").
Ceci explique que seul le démorthèn/filid ayant créé un ogham peut l'utiliser parfaitement, car lui seul peut appréhender totalement sa propre idée. Cela explique aussi pourquoi les oghams majeurs ont disparu et/ou sont inutilisable : ils englobent en effet des concepts tellement vastes et complexes que seul un Démorthèn/filid ayant atteint un niveau spirituel mythique (dans Armuir, il s'agira d'un Ollahm ayant atteint le stade d'Eagna) peut l'appréhender totalement. Par ailleurs, il existe très peu d'oghams majeurs dans cette conception, car un Ollahm n'a plus besoin d'oghams. En effet, il a atteint un stade de compréhension suffisant pour savoir que les oghams ne sont en réalité que des "aides", des "copions" permettant de canalyser le pouvoir de ceux qui n'ont pas le degré d'initiation suffisant et, de ce fait, "ne savent pas totalement ce qu'ils font".
Il est important de noter que ce que je décris ici est une réalité objective constituant un "secret du jeu", auquel ont accès les seuls Ollahms. C'est le véritable mécanisme de fonctionnement du système de magie des Démorthèn/filid, qui n'est connu que par une ou deux personnes au maximum par siècle (et encore c'est exceptionnel. Que deux Ollahms coexistent est carrément mythique... Pour vous faire une idée plus concrète, l'Ollahm le plus connu en Tri-Kazel serait Ruel). Dans la conception traditionnelle des choses, partagée par la quasi totalité de la population et par les démorthèn eux-même, les oghams sont des outils sacrés permettant de canalyser le pouvoir Rindath, et leur "connaissance" -en grande partie fausse- s'arrête là.
Concernant la langue Tarish
je n'ai pas d'avis sur la question, n'ayant pas encore approfondi le sujet, mais je trouve ta description superbe (avec plein de symbolisme et de poésie, come j'aime!

) et je pense la réutiliser, si tu me le permets.
Résumé et conclusion :
Voilà donc également l'état de mes réflexions, qui pour résumer diffèrent de celles développées par Iznurda sur les points suivants :
- Pas de "langue de pouvoir" (l'écriture peut avoir une connotation magique, mais c'est l'acte en tant que tel qui est considéré comme magique plus que le langage utilisé)
- les oghams sont des symboles, et non un alphabet traduisant des sons en écrits
- la "langue originelle" de la péninsule/l'île n'a à la base pas de forme écrite, l'écriture n'ayant été "inventée" que suite au développement de l'administration
- L'écriture a directement été créée sous forme d'alphabet, et non sous forme de glyphes.
Je tiens enfin à préciser que je ne considère pas une approche plus ou moins "valable" ou "correcte" qu'une autre, puisque le but de ce sujet est de partager des idées et des visions personnelles, qui peuvent -heureusement- diverger. D'ailleurs, merci pour ta vision sur la langue Tarish, c'est tout bonnement génial.
A vous!
