Avertissement solennel
Lecteur avide, ton attention s’il te plait !
Poursuivre la lecture de cette discussion suppose :
- que tu aies lu les Royaumes d’Epines et d’Os,
- ou que tu acceptes d’en connaître les tenants et les aboutissants, ce qui te gâchera une grande partie du plaisir de leur lecture,
Avoir lu certains des sujets spéculatifs est un plus, notamment la proposition d’Arthus et les quelques constats de base que Pwyll posait avant de partir sur une orbite passablement excentrique, enfin, à tout le moins, bien excentrée. Les courtes propositions rationalistes d’Elwë valent également le coup d’œil.
Le pitch des Royaumes d’Épines et d’Os (REO)
Le récit apocalyptique des REO propose une lente découverte des racines d’un monde où plusieurs magies coexistent et où un ancien affrontement cataclysmique a libéré l’humanité toute entière d’un esclavage imposé par des maîtres-sorciers formidablement puissants.
Le lecteur, au cours du récit, va apprendre comment cette révolte a été rendue possible : par la découverte, par les esclaves humains, d’une source de pouvoir alternative à celle maîtrisée par les maîtres. Virgynia Dare, la première humaine à pleinement maîtriser ces pouvoirs, est une figure centrale du renversement du pouvoir des maîtres.
La longue campagne des nombreux personnages-clefs de l’épopée nous permet de suivre la redécouverte de ces pouvoirs et l’affrontement des humains, entre eux et avec d’autres puissances.
Pour aborder la description des idées qui m’ont paru transposables dans Esteren, je vais donc partir des derniers éléments qui sont révélés au lecteur, ceux qui structurent, au final, les apparences, les acteurs et les décors de la scène.
Le pouvoir derrière les apparences : les trois trônes (IV, p165 – Pocket Fantasy)
L’auteur nomme « trône » le fait de conquérir et de maîtriser l’une des sources des pouvoirs du monde. Les humains, à l’instar de Virgynia Dare, ont « leur » trône. La notion recouvre également le lieu, ou le chemin initiatique qu’il faut parcourir pour y accéder.
C’est au tome IV que les trois grands pouvoirs structuraux sont révélés :
- Vhen, l’énergie vitale et mortelle, qui engendre et qui décompose, qui fait naître, croître, pousser, mourir, décroître, flétrir. Le cycle qui recycle perpétuellement la matière et l’énergie, qui dissout l’existence au profit d’une nouvelle existence.
- Sedos, le pouvoir de la volonté, issu de la conscience des humains-esclaves, qui utilise les éléments naturels et les force à se manifester au-delà de l’intensité et de l’amplitude qui leur a été attribuée par Vhen. La contrepartie de l’usage du Sedos, c’est l’apparition d’un résidu, d’une pollution, dont l’effet corrupteur s’accumule petit à petit dans le monde. Cette contrepartie ne peut pas être immédiatement reliée à l’usage du Sedos, la plupart de ses utilisateurs n’ont pas conscience du prix.
- Xhès, le pouvoir issu de l’abyme, du monde d’en-bas, de l’en-dessous. Le pouvoir employé par les maîtres-sorciers pour asservir l’humanité. Un pouvoir « qui rend probable l’improbable et impossible le certain », une manipulation de ce qui sous-tend le monde et permet d’envisager la mutation des éléments, mais également de peut-être manipuler des énergies plus abstraites que les éléments du monde (l’espace, le temps, la mort)
La personnification des entités suprêmes dominant les trônes
Durant le récit, le lecteur comprend peu à peu que se rejoue une lutte pour la domination des trônes. Or cette domination a déjà été accomplie par des figures anciennes, nommées dans les légendes : le Roi de Bruyère, le Bouffon Noir, Virgynia Dare.
Certes, l’immortalité des anciens maîtres était la conséquence de l’utilisation de Xhès, qui rend la mort impossible. Mais le Sedos semble également capable s’affranchir du pouvoir du Vhen en conférant à celui qui y trône la capacité de « refuser d’être dissous dans la rivière ». La rivière figurant cette circulation du flux vital qui anime la création et régit le cycle majeur du monde, la finitude de tout existant, puisque « tout ce qui a un début a également une fin » selon cet ordre.
Ce refus ne signifie cependant pas que l’on évite la mort, mais plutôt que quelque chose de la conscience survit à la mort et évite la dissolution, dans l’attente d’une forme de réincarnation.
C’est là qu’il y a une originalité : cette réincarnation n’est pas la réapparition du même individu dans un nouveau corps. C’est le produit de la fusion de « ce qui a survécu » avec celui qui aura parcouru le chemin initiatique.
Celui qui parcourt la voie d’accès au trône rencontre donc la ou les consciences survivantes qui ont parcouru le chemin avant lui et il risque donc d’y perdre une partie de son identité individuelle, voire d’être carrément supplanté par la ou les personnalités qui ont usé du pouvoir du Trône pour éviter la dissolution dans le courant de la rivière.
Le débat qui s’ensuit est donc plutôt une affaire de point de vue : un individu parcourt un chemin qui le mène vers un trône. Ce trône contient une puissance qui peut agir sur la personnalité, la conscience et sans doute l’essence même de l’individu, au fur et à mesure qu’il s’approche de le source.
Du coup, deux options possibles, qui ne sont pas explicitées clairement dans le roman :
- soit l’individu qui parvient à s’asseoir sur le trône devient une somme de son propre soi et de tout ceux qui l’ont précédé sur ce même chemin. Dans ce cas, la personnalité qui prend le « contrôle » de sa conscience peut être la sienne (il résiste), une autre (il est dominé) ou toute autre combinaison de plusieurs fragments de conscience qui vont avoir tendance à s’exprimer à des moments, dans des lieux ou des circonstances différentes…
- soit l’individu qui parvient au trône est confronté à l’essence même du Sedos. Le Sedos serait alors une entité indescriptible dont les schèmes d’action se traduiraient invariablement par un mode de pensée qui en serait issu. En quelque sorte, la conscience de l’initié devient un reflet, un avatar, la traduction en concepts humains de quelque chose d’inhumain. La personnalité qui en résulte est donc contrainte par ce qu’est, essentiellement, le Sedos.
Dans ce dernier cas, on pourrait alors également considérer les différents individus qui se sont succédés tout au long de l’histoire humaine comme les avatars, les projections d’une seule et même entité qui « prendrait la place » ou « possèderait » le malheureux dupé par son avidité et son désir de pouvoir. La quête du pouvoir deviendrait alors une annihilation de tout ou partie du soi, pour ne conserver qu’un rapport très instinctif au désir et à la volition. C’est ainsi que l’on rejoint aisément les Heeras d’Arthus.
Les grands cycles
Facilité d’auteur pour situer l’aventure à ce moment-là plutôt qu’à un autre, l’idée est que la capacité que chacun des trois trônes à de se manifester fluctue dans le temps, comme des saisons de plusieurs siècles, ce qui crée et recrée des opportunités de voir se manifester de grands chambardements tout au long d’une histoire trop rapidement oubliée.
Dans le roman, la toile de fond historique n’est qu’esquissée, mais l’on comprend quand même qu’il y a une pré-histoire humaine où ils sont les esclaves. Puis une révolte conduite par Virgynia Dare. Les humains mettent la main sur leur histoire.
Il semble qu’ensuite, un empereur ait également parcouru cette même voie et ait suffisamment pété les plombs pour être surnommé le Bouffon Noir : il serait alors le premier humain à redécouvrir la voie découverte par Virgynia Dare (ou peut-être simplement celui dont on se souvient).
Bref, l’Histoire est amenée à se répéter et il faut donc s’attendre à ce que, périodiquement, le destin du monde soit le prix d’un bonneteau qui fait des trônes, et principalement celui du Sedos, l’enjeu d’une nouvelle partie.
Quelques éléments saillants dans le décor
La période contemporaine qui forme le décor du récit présente plusieurs éléments bien sympathiques :
- une soi-disant tombe de Virgynia Dare qui a été préservée durant toute l’histoire antérieure. Pour l’une des héroïnes, le chemin vers le Sedos passe clairement par cette tombe,
- une église qui fleure bon l’église catholique romaine, avec les « je sais la vérité, mais si vous la connaissiez, vous seriez hérétique »,
- un peuple non-humain, les Selfry, peu aimé, vagabond, sauvage, secret, dont personne ne sait réellement d’où ils viennent ni quel est leur agenda, il sera cependant révélé un grand secret, celui de leur origine, durant le récit : ils sont les descendants abâtardis des maîtres de la préhistoire. Et ils ont caché ce secret aux humains durant des milliers d’année, histoire d’éviter l’extinction.
- un rituel qui consiste à écrire des prières aux morts sur des feuilles de plomb, ceux-ci étant considéré comme agissants par la Tradition, imprégnée de croyance religieuse. Il advient qu’en fait ça marche. Et plutôt bien. Du moins quand celle qui écrit a quelques dons qui la prédisposent à un avenir compliqué.
- des monstres issus d’une forêt qui semble partir en vrille au moment où se manifeste une terrible créature de légende nommée le Roi de Bruyère. Ce Roi de Bruyère est un monstre ancien qui a massacré des tonnes d’humains. Un joli retournement de situation se produit lorsque l’on comprend que ce Roi n’est pas le dirigeant des monstres, mais l’héritier du Trône de Vhen, le cycle naturel. Il est un ennemi de ces monstres qui sont issus de la corruption engendrée par l’usage inconsidéré du Sedos.
- une élégante proposition de la place que peut occuper un érudit dans ce genre d’aventure, au travers de la miraculeuse érudition d’un moine linguiste (l’un des personnages principaux) sur l’analyse d’anciennes cartes et d’anciens récits écrits en une multitude de langues dérivées les unes des autres,
- bamf, autre secret dévoilé en pleine capitale, un unique survivant des anciens maîtres-sorciers, prisonnier dans les profondeurs de la citadelle du roi le plus puissant, retenu depuis l’époque de la victoire de Virgynia Dare, qui sert de conseiller et d’oracle aux rois et aux empereurs depuis des milliers d’année. Discuter avec un démon n’est jamais simple, mais ça peut rapporter…
- une forme de serment qui peut prendre la forme d’un contrat magique, le geos (ou geas, dans Légendes celtiques), qui « oblige » les deux parties. Le nom recèle un pouvoir (c’est par son nom que le maître-sorcier prisonnier est forcé de conseiller la lignée des Dare, c’est par son nom qu’il est libéré, c’est par son nom que l’un des personnages va devoir accomplir un geos),
- Quatre féalités, qui m’ont un temps fait penser aux nornes de la mythologie nordique, avant que leur origine ne soit révélée, qui accèdent à un monde intermédiaire, la zone grise, la frange entre le monde sensible et le monde des morts, accessoirement, elles peuvent également y « inviter » des individus doués,
- L’idée que la frontière entre la mort et la vie peut être affaiblie, puis carrément effacée, jusqu’à laisser revenir des morts, voire à rendre certaines créatures immortelles.
Bref, de nombreuses idées qui n’attendent qu’à être introduites dans Esteren pour former un composite original. J'espère que ma rédaction est suffisamment claire pour créer tout de suite la "résonance" possible avec certains des mystères d'Esteren.
En tout cas, c'est une source copieuse (2400 pages, quand même) mais précieuse, je trouve. Et j'en profite donc à nouveau pour remercier Arthus de m'avoir orienté vers ces ouvrages.
[Spoiler - Pavé] Les Royaumes d'Epines et d'Os
Re: [Spoiler - Pavé] Les Royaumes d'Epines et d'Os
Un bien beau résumé, utile pour ne pas laisser échapper des éléments essentiels de cette lecture tant qu'elle est encore chaude.
Sur l'entité que semble rencontrer Anne lorsqu'elle apprend à maîtriser le Sedos, j'aurais tendance à penser que c'est une sorte d'incarnation de son "ça" pour reprendre une terminologie basique freudienne.
J'ai l'impression que son cas de figure est différent de celui du personnage qui mêle sa personnalité à celle du Bouffon Noir.
Pour Darige/Bouffon Noir, c'est comme une personnalité qui existerait simultanément à différentes époques. A l'image d'ondes se propageant sur la ligne du temps avec l'une d'elle qui en rattraperait soudain une précédente et viendrait fusionner avec elle.
Autre point d'interrogation pour moi sur le Sedos : les fameux Saints, qui peuvent aussi bien être des Saints que des Démons.
Finalement, je ne parviens pas à distinguer ce que sont ces "Saints". Quoi qu'ils désignent (des humains ayant maîtrisé une partie du Sedos et qui perdurent partiellement par une empreinte laissée sur une voie d'accès au Sedos ou des créatures inhumaines ?) il est intéressant de retenir que le pouvoir de Sedos n'a aucune inclinaison vers le bien ou le mal.
Outre l'information cruciale selon laquelle l'usage du Sedos génère une corruption insidieuse de la nature qui favorise l'éclosion de monstres (le lien avec les féondas est très tentant), le fait qu'il n'est ni bon ni mauvais colle aussi très bien avec Esteren et rappelle le pouvoir d'exaltation, le pouvoir issu des émotions humaines, capable de générer des horreurs aussi bien que des guérisons miraculeuses (cf le croquemitaine d'occultisme, qui pourrait laisser penser que l'Unique est finalement un phénomène de "super croquemitaine")
Reste maintenant à définir (entre moult choses) si on peut rapprocher le Sedos des pouvoirs liés aux adeptes de l'Unique et aux Sorciers ou plutôt le rapprocher des pouvoirs Demorthèns.
J'aurais tendance à pencher pour un lien entre Sedos et pouvoirs d'exaltation.
Il pourrait en découler que les féondas seraient soit le symptôme du dérèglement ainsi généré par l'utilisation de ces pouvoirs, soit une réponse immunitaire de la Nature pour supprimer la source de cette corruption qui la fait souffrir, à savoir les êtres humains.
Enfin, on peut aussi reprendre l'hypothèse, émise dans Occultisme, que les pouvoirs des Demorthèns sont très comparables sur le fond à ceux issus de l'exaltation, la principale différence provenant des Oghams qui serviraient alors de "filtre" permettant à la fois de protéger le démorthèn, mais aussi de bloquer (ou réduire) la corruption de l'usage d'un tel pouvoir sur le fonctionnement normal de la nature.
Sur l'entité que semble rencontrer Anne lorsqu'elle apprend à maîtriser le Sedos, j'aurais tendance à penser que c'est une sorte d'incarnation de son "ça" pour reprendre une terminologie basique freudienne.
J'ai l'impression que son cas de figure est différent de celui du personnage qui mêle sa personnalité à celle du Bouffon Noir.
Pour Darige/Bouffon Noir, c'est comme une personnalité qui existerait simultanément à différentes époques. A l'image d'ondes se propageant sur la ligne du temps avec l'une d'elle qui en rattraperait soudain une précédente et viendrait fusionner avec elle.
Autre point d'interrogation pour moi sur le Sedos : les fameux Saints, qui peuvent aussi bien être des Saints que des Démons.
Finalement, je ne parviens pas à distinguer ce que sont ces "Saints". Quoi qu'ils désignent (des humains ayant maîtrisé une partie du Sedos et qui perdurent partiellement par une empreinte laissée sur une voie d'accès au Sedos ou des créatures inhumaines ?) il est intéressant de retenir que le pouvoir de Sedos n'a aucune inclinaison vers le bien ou le mal.
Outre l'information cruciale selon laquelle l'usage du Sedos génère une corruption insidieuse de la nature qui favorise l'éclosion de monstres (le lien avec les féondas est très tentant), le fait qu'il n'est ni bon ni mauvais colle aussi très bien avec Esteren et rappelle le pouvoir d'exaltation, le pouvoir issu des émotions humaines, capable de générer des horreurs aussi bien que des guérisons miraculeuses (cf le croquemitaine d'occultisme, qui pourrait laisser penser que l'Unique est finalement un phénomène de "super croquemitaine")
Reste maintenant à définir (entre moult choses) si on peut rapprocher le Sedos des pouvoirs liés aux adeptes de l'Unique et aux Sorciers ou plutôt le rapprocher des pouvoirs Demorthèns.
J'aurais tendance à pencher pour un lien entre Sedos et pouvoirs d'exaltation.
Il pourrait en découler que les féondas seraient soit le symptôme du dérèglement ainsi généré par l'utilisation de ces pouvoirs, soit une réponse immunitaire de la Nature pour supprimer la source de cette corruption qui la fait souffrir, à savoir les êtres humains.
Enfin, on peut aussi reprendre l'hypothèse, émise dans Occultisme, que les pouvoirs des Demorthèns sont très comparables sur le fond à ceux issus de l'exaltation, la principale différence provenant des Oghams qui serviraient alors de "filtre" permettant à la fois de protéger le démorthèn, mais aussi de bloquer (ou réduire) la corruption de l'usage d'un tel pouvoir sur le fonctionnement normal de la nature.
Le deux fois né, seigneur de l'arbre de l'été.
Re: [Spoiler - Pavé] Les Royaumes d'Epines et d'Os
Ahh, intéressant ça. J'ai eu une lecture très différente de la situation d'Anne. ^^Pwyll a écrit :Sur l'entité que semble rencontrer Anne lorsqu'elle apprend à maîtriser le Sedos, j'aurais tendance à penser que c'est une sorte d'incarnation de son "ça" pour reprendre une terminologie basique freudienne.
J'ai l'impression que son cas de figure est différent de celui du personnage qui mêle sa personnalité à celle du Bouffon Noir.
Pour Darige/Bouffon Noir, c'est comme une personnalité qui existerait simultanément à différentes époques. A l'image d'ondes se propageant sur la ligne du temps avec l'une d'elle qui en rattraperait soudain une précédente et viendrait fusionner avec elle.
Pour moi, le fait qu'elle perde conscience quand elle tue 40000 assaillants qui assiègent sa capitale la relie plutôt à Virgynia Dare. Je pense que sa conscience a reflué tandis qu'elle déchaînait ce pouvoir digne de l'introduction du tout premier roman, celui où l'on nous compte l'assaut (final ?) des humains sur la demeure du maître.
L'ellipse choisie par l'auteur m'a fait douter de l'autonomie d'Anne durant cette explosion de puissance.
Du coup, j'ai plutôt relié la manifestation de cette voix intérieure, tentatrice et pulsionnelle, à une puissance exogène et non à un centre pulsionnel personnel comme l'est le "ça".
La relation particulière qu'elle entretient avec la tombe n'a fait que me conforter dans cette lecture. Mais peut-être la feuille de plomb, la tombe et ce qui s'ensuit ne sont que des adjuvants, des catalyseurs de son propre pouvoir... (Encore que lorsque ce prétendant devenu obsessionnellement amoureux d'elle, qui trahit son propre père, totalement dominé par cet envoûtement, semble quand même bien influencé par un pouvoir extérieur à Anne et non par Anne elle-même...).
Du coup, le couple Darige / Bouffon Noir étant évident, je m'en suis servi comme d'une référence pour créer un couple Anne / L'ancêtre de la Tombe qui respecterait la même structure.
Qu'en penses-tu ?
Pour moi, les saints sont des "parcourants partiels" du chemin vers le trône.Pwyll a écrit : Autre point d'interrogation pour moi sur le Sedos : les fameux Saints, qui peuvent aussi bien être des Saints que des Démons.
Finalement, je ne parviens pas à distinguer ce que sont ces "Saints". Quoi qu'ils désignent (des humains ayant maîtrisé une partie du Sedos et qui perdurent partiellement par une empreinte laissée sur une voie d'accès au Sedos ou des créatures inhumaines ?) il est intéressant de retenir que le pouvoir de Sedos n'a aucune inclinaison vers le bien ou le mal.
La référence aux stations du chemin de croix est très nette dans le roman, avec l'idée que l'initiation aux miracles s'accomplit au travers d'une suite ordonnée d'étapes (les sanctuaires).
Dans une perspective où le Sedos permet de "soustraire" une partie de soi au fleuve de la mort, je pense que les Saints sont des hommes ayant accompli une quête partielle, qui ne les a pas conduit jusqu'au trône lui-même, mais leur ont donné suffisamment de maîtrise pour éviter que tout ne soit dissous dans le flux de la vie et de la mort.
Ce qui reste d'eux "alimente" ceux qui parcourent ces voies, selon un processus initiatique qui consiste quand même à abdiquer sa volonté au profit de la foi. (Cesser de combattre, de raisonner, d'imaginer ou de ressentir pour croire, et uniquement croire. L'initiation de Darige est très parlante et le réduit presque à un Cogito ergo sum...)
L'intérêt, comme dans Esteren, est que le détenteur du pouvoir nommé miracle peut l'utiliser en fait à sa guise (Le recteur de Tuath).
Point aveugle de ma réflexion : les sanctuaires eux-mêmes. Pourquoi cet endroit plutôt qu'un autre ? J'imagine qu'il y a un rapport avec le lieu lui-même (tellurisme, reflets d'anciens affrontements magiques tellement puissants que le voile du monde est un peu plus fin à ces endroits-là, ce qui permet d'accroître la transmission d'énergie entre la source (le saint sédosé
Nous avons lu Occultisme dans le même sens et les Oghams sont bien des filtres pour moi. Cette petite phrase balancée comme un "ou peut-être" à la fin du récit m'a également bien sautée aux yeux. ^^Pwyll a écrit : Outre l'information cruciale selon laquelle l'usage du Sedos génère une corruption insidieuse de la nature qui favorise l'éclosion de monstres (le lien avec les féondas est très tentant), le fait qu'il n'est ni bon ni mauvais colle aussi très bien avec Esteren et rappelle le pouvoir d'exaltation, le pouvoir issu des émotions humaines, capable de générer des horreurs aussi bien que des guérisons miraculeuses (cf le croquemitaine d'occultisme, qui pourrait laisser penser que l'Unique est finalement un phénomène de "super croquemitaine")
Reste maintenant à définir (entre moult choses) si on peut rapprocher le Sedos des pouvoirs liés aux adeptes de l'Unique et aux Sorciers ou plutôt le rapprocher des pouvoirs Demorthèns.
J'aurais tendance à pencher pour un lien entre Sedos et pouvoirs d'exaltation.
Il pourrait en découler que les féondas seraient soit le symptôme du dérèglement ainsi généré par l'utilisation de ces pouvoirs, soit une réponse immunitaire de la Nature pour supprimer la source de cette corruption qui la fait souffrir, à savoir les êtres humains.
Enfin, on peut aussi reprendre l'hypothèse, émise dans Occultisme, que les pouvoirs des Demorthèns sont très comparables sur le fond à ceux issus de l'exaltation, la principale différence provenant des Oghams qui serviraient alors de "filtre" permettant à la fois de protéger le démorthèn, mais aussi de bloquer (ou réduire) la corruption de l'usage d'un tel pouvoir sur le fonctionnement normal de la nature.
En fait, il demeure de toute façon un choix sur la cause du dérèglement, on est bien d'accord. Aujourd'hui (et peut-être pas demain), j'ai les options suivantes :
- une métapuissance a dupé les hommes. Cette métapuissance peut-être issue des hommes (Heera d'Arthus) ou déchue du fait des hommes (Sniomh = Azazel, dans le récit islamique de la chute de Satan).
- les demorthèn ont usé du Sedos sous une forme "interdite" (Morcail), au sens où ils savaient, à l'origine, comment éviter de générer de la corruption. On a là un thème de déviance face à la corruption du pouvoir, très classique.
- depuis le début les demorthèn savent que l'usage des oghams n'est ni bon ni mauvais pour la Nature et que cela engendre une contrepartie. D'où un usage strict et mesuré de leurs pouvoirs. A un moment, les conditions sont telles que pour vaincre une menace, ils se sont mis à mésuser de leurs pouvoirs (protéger les esprits de leur dissolution dans le Rindath en les liant à des pierres...), accentuant le phénomène, ce qui a refermé un cercle vicieux : plus de feondas, donc plus de protections, donc plus de feondas.
Cette idée a cependant été bien entamée par une de mes récentes relectures d'une proposition d'Iris pour le Bestiaire. Et je suis aujourd'hui convaincu que les feondas réagissent à la corruption du monde. (Ce qui implique que le fait qu'ils épargnent un temple ou un cercle de pierre ne peut être fondé que sur deux possibles : soit ils ne sont pas corrompus, soit leur magie dupe les feondas)
- enfin, il me reste les Selfrys, pardon, les Tarishs, qui sont peut être les féalités d'Esteren, capables de voyager au-delà du voile et ayant, d'une façon ou d'une autre, provoqué l'Aergewyn. Une hypothèse bien sympathique d'Arthus ou de moi, je ne sais plus qui a la primauté (je crois que c'est lui, quand même).
Dans cette optique, on comprend tout de suite pourquoi les Tarishs se taisent
Dans tout ces cas de figures, cependant, l'idée d'une source unique de pouvoir qui puisse être manifestée par l'Exaltation comme par le Rindath mais se "colore" en fonction de la croyance et de l'émotion manifestée me plait énormément.
De ce point de vue, on pourrait même imaginer de "reboucler" sur le système en donnant aux Voies un effet direct sur le type de manifestation de cette puissance :
- la Combativité donnerait l'Ogre,
- la Raison donnerait les arts occultes,
- l'Idéal donnerait l'Exaltation version froide,
- la Créativité donnerait l'Exaltation version chaude,
- l'Empathie donnerait les arts oghamiques et le Liadh.
A noter que je démords pas de l'étymologie de C'maogh (esprits des morts crépusculaires, en gros) et donc de ma vision selon laquelle la "matière" magique que manipulent les demorthèn les rapproche en fait d'une forme de nécromancie
Dernière modification par Songe le 01 mars 2016, 13:05, modifié 1 fois.
Re: [Spoiler - Pavé] Les Royaumes d'Epines et d'Os
Hello!
Je passe en coup de vent pour vous dire que le sujet est très intéressant, mais que je n'y participerai probablement pas. En effet, ma lecture du Royaume d'épines et d'os remonte à pas mal de temps, au point que je commence à oublier certains éléments importants.
Je souhaite relire ce cycle lorsque "mon oubli sera mûr", et j'aimerais éviter de m'auto-spoiler en me rappelant de tous les détails dont l'oubli me procurera le plaisir de la redécouverte!
Par contre, il se peut que je revienne à ce sujet dans quelques mois, lorsque j'aurai relu le cycle!
Je passe en coup de vent pour vous dire que le sujet est très intéressant, mais que je n'y participerai probablement pas. En effet, ma lecture du Royaume d'épines et d'os remonte à pas mal de temps, au point que je commence à oublier certains éléments importants.
Je souhaite relire ce cycle lorsque "mon oubli sera mûr", et j'aimerais éviter de m'auto-spoiler en me rappelant de tous les détails dont l'oubli me procurera le plaisir de la redécouverte!
Par contre, il se peut que je revienne à ce sujet dans quelques mois, lorsque j'aurai relu le cycle!
La sagesse est un chemin ténu et difficile mon fils, et surtout il est sans fin. Il est naturel et salutaire que l'humilité te le rappelle de temps en temps... Mais n'oublie pas que l'humilité est un guide, non un fardeau...
Re: [Spoiler - Pavé] Les Royaumes d'Epines et d'Os
Songe :
Concernant Anne et la présence qui tantôt la sauve tantôt l'effraie avant de se dissoudre quand elle embrasse de plus en plus facilement sa capacité à tuer et à faire souffrir un nombre croissant de personnes, je conserve l'impression qu'il s'agit de son surmoi qui s'effrite peu à peu au contact de son ça avant de laisser s'exprimer pleinement ses pulsions.
Je tire notamment cette impression de la description que fait la mystique Sefry la plus jeune (je crois) de cet "être" qu'Anne prend effectivement pour une entité extérieure avant de prendre conscience qu'elle a en fait son visage.
Au début, le fait de regarder en face ses propres pulsions primaires est tellement insupportable qu'Anne ne peut pas se souvenir du visage de l'entité. Le contact se fait de plus en plus facile à mesure qu'Anne laisse tomber ses barrières morales et se rapproche de l'acceptation du désir de toute puissance typique du ça.
Je ne suis pas sûr que cette ambiguïté entre expression du subconscient et entité exogène soit volontaire de la part de l'auteur, mais j'ai l'impression que si.
Quoi qu'il en soit, je trouve que ce concept colle parfaitement aux Sorciers dans Esteren.
Ils sont persuadés d'être en contact avec des Entités indicibles ou même d'en être les victimes, mais, dans les Secrets je pense que les deux options seront proposées :
- Ces entités existent vraiment et sont la source du pouvoir des sorciers.
ou
- Le Pouvoir vient des Sorciers eux-même et c'est l'expression de leur "ça" dans la dimension spirituelle qui se cache derrière ces pseudos entités.
Concernant Anne et la présence qui tantôt la sauve tantôt l'effraie avant de se dissoudre quand elle embrasse de plus en plus facilement sa capacité à tuer et à faire souffrir un nombre croissant de personnes, je conserve l'impression qu'il s'agit de son surmoi qui s'effrite peu à peu au contact de son ça avant de laisser s'exprimer pleinement ses pulsions.
Je tire notamment cette impression de la description que fait la mystique Sefry la plus jeune (je crois) de cet "être" qu'Anne prend effectivement pour une entité extérieure avant de prendre conscience qu'elle a en fait son visage.
Au début, le fait de regarder en face ses propres pulsions primaires est tellement insupportable qu'Anne ne peut pas se souvenir du visage de l'entité. Le contact se fait de plus en plus facile à mesure qu'Anne laisse tomber ses barrières morales et se rapproche de l'acceptation du désir de toute puissance typique du ça.
Je ne suis pas sûr que cette ambiguïté entre expression du subconscient et entité exogène soit volontaire de la part de l'auteur, mais j'ai l'impression que si.
Quoi qu'il en soit, je trouve que ce concept colle parfaitement aux Sorciers dans Esteren.
Ils sont persuadés d'être en contact avec des Entités indicibles ou même d'en être les victimes, mais, dans les Secrets je pense que les deux options seront proposées :
- Ces entités existent vraiment et sont la source du pouvoir des sorciers.
ou
- Le Pouvoir vient des Sorciers eux-même et c'est l'expression de leur "ça" dans la dimension spirituelle qui se cache derrière ces pseudos entités.
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Pierrot le fou
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Re: [Spoiler - Pavé] Les Royaumes d'Epines et d'Os
Comme Arthus, mais moi je vais quand même vous lire, parce que je vais pas tout me retaper maintenant !
Je présente ma table de joueur-euses ici.