Kalden, avant de devenir fou, était un charpentier et même un excellent charpentier. Il avait fait son apprentissage hors de Gevon, travaillé aux fortifications d’une grande ville (peut-être Ard-Monach ?) et appris beaucoup plus sur son art que ce qui est nécessaire à un charpentier de village. Mais, par amour pour une jeune fille de Gevon, Poipinn, il avait choisi de s’y fixer. Deux enfants, Ciste et Ym, avaient bientôt réjoui leur maison, tandis que le talent d’artisan de Kalden lui faisait tailler toutes sortes d’ouvrages singuliers et agréables.
Mais un jour, Poipinn emmena ses deux enfants visiter leur vieille grand-mère qui habitait une maison à l’écart du village. Elle frappa à la porte : nulle voix ne répondit, mais elle entendit quelque chose frotter et cogner à l’intérieur. Elle pensa que la grand-mère avait fait une mauvaise chute, s’était cassé les os et n’arrivait plus à se déplacer. La porte était verrouillée, mais une chevillette cachée, installée par Kalden, permettait de l’ouvrir de l’extérieur. Elle entra.
Les bergers qui étaient dans les pâturages proches entendirent un effroyable hurlement, suivi de deux séries de cris plus grêles. Le temps qu’ils descendent de la montagne avec leurs arcs et leurs épieux, l’être avait disparu. Il ne restait plus que quelques pitoyables restes humains et la cape rouge de Poipinn.
Kalden ne pleura pas. Il s’enferma dans le silence. Quelques jours plus tard, il reprit son ouvrage de charpentier. Mais ses travaux, qui étaient déjà insolites, devinrent de plus en plus inquiétants : poutres de travers, sculptures de monstres tordus, escaliers qui ne menaient nulle part… Comme son talent était exceptionnel et que la plupart de ses travaux étaient quand même utilisables, les habitants le laissèrent faire en espérant que la routine de son métier le ferait revenir à la maison. Il travaillait jour et nuit et ne parlait toujours à personne.
Mais un jour, un homme du village fut pris dans sa propre maison et écrasé entre deux poutres. Tout le village accourut, y compris Kalden. Mais quand il vit le corps mutilé, il éclata de rire en s’exclamant : "J’ai piégé le feond ! Il est tombé dans la trappe ! Je les prendrai tous, l’un après l’autre !"
Les habitants comprirent alors que Kalden avait construit une série de pièges cachés, croyant ainsi protéger le village des feondas. Ils lui confisquèrent tous ses outils et l’enfermèrent le temps de fouiller les lieux. Il leur fallut plus d’une semaine pour découvrir et désamorcer toutes les embûches, trappes, tenailles, pots incendiaires et autres astuces dont il avait parsemé leurs maisons.
Kalden est inoffensif. Le plus souvent, il vagabonde dans les rues en donnant des conseils à sa femme ou à ses enfants, ou bien il aide à quelque ouvrage simple, mais il ne faut pas le quitter des yeux car qui sait ce qu’il pourrait faire ? Quand tous les villageois doivent s’absenter pour une cérémonie, ils l’enferment avec de la nourriture dans une pièce aux cloisons solides. Ils savent que si Kalden s’échappait, il lui suffirait de ses outils et de quelques heures de tranquillité pour rétablir son arsenal meurtrier.
Si les PJ prennent Kalden vivant et si l’un d’eux se sent la vocation de guérisseur, il pourra persuader les villageois de le laisser emmener le fou pour le soigner. Et comme Kalden reste un artisan hors pair et détient quelques secrets de fabrication des villes et châteaux de la région, il pourra instiller quelques informations utilisables pour la suite de la campagne.